J’irai jusqu’à toi. J’irai jusqu’à toi et je me fiche bien de savoir si tu ouvriras. Je me doute même que la porte sera, restera close à mes yeux, mes mains, close à ce désir certain qui est mien.

J’irai pourtant jusqu’à toi.

Et au seuil, je déposerai simplement les mots dessinant les sentiments.


Je sais déjà que tu n’ouvriras pas. Que tu recevras, entendras, que tu sourieras peut-être, de ces yeux qu’on n’imagine jamais mouillés. Je me doute de ta réponse à mes avances enflammées.

J’irai au devant du mur et je m’y heurterai. Je le devine et le sais, même si, bien sur, je ne peux pas m’empêcher, quelque part, d’espérer.


Que veux-tu. Elles me surprennent moi-même, ces avances. Et c’est pire en dedans, où je n’en reviens pas de tous ces retournements. De ces sentiments qui, apparus subitement, s’imposent sans le moindre ménagement. Je n’étais pas près, je ne m’attendais pas à voir tout cela me rouler ainsi dessus. J’ai envie souvent de râler et maudire ce trait enflammé qui m’a bien transpercé. A l’insu de mon plein gré.

Car je sais à quoi mes démarches sont vouées.


Il y a de l’espoir pourtant. Irréel et doux, certain de n’aboutir jamais, impossible à tuer tout à fait.


J’irai jusqu’à toi. Un peu pour l’espoir, pour claquer au mur cet espèce de connard, sachant déjà que cela ne suffira sans doute pas. Ton « non » me refroidira. Mais l’espoir agonisera longtemps, refusant de mourir, s’acharnant à ne pas partir. Le temps, peut-être, finira par l’avoir.

J’irai jusqu’à toi. Ce n’est pas que pour l’espoir. J’irai jusqu’à toi et déposerai mes mots sur ton seuil. Hé quoi. Il n’est rien d’autre que je puisse faire. J’irai jusqu’à toi, ni pour me blesser ni pour te gêner, ni pour saigner tout à fait l’espoir en moi. J’irai jusqu’à toi car il me semble impossible d’y couper. De demeurer. De vivre encore ainsi dans ce secret.


J’irai jusqu’à toi et déposerai mes mots sur ton seuil. Je ne demanderai rien, ni la bise ni même un café. Je serai là mais ne resterai pas : nous avons chacun mieux à faire que de m’attarder dans la gêne et l’amitié.


Bien sur que l’espoir cisaille, dans un coin de mon âme, quémande une réponse et refuse d’envisager en face les plus probables. Fantasme entendre de ta bouche, sentir de tes mains les mêmes mots qui brûlent et me débordent. Ce n’est pas rien. Et j’ai beau raisonner, j’ai beau répéter, me dire que c’est d’avance arrêté… L’espoir est con, ne connaît pas la raison. Ne renoncera jamais qu’à petit feu et claques répétées.


Mais ce n’est, presque, pas important. Je gère l’espoir comme l’une ou l’autre part, comme un rien qui me gave et me regarde tout à la fois. C’est en moi, n’a pas besoin de déborder ou se faire remarquer.

Ce n’est, presque, pas important. Pas le plus important.


Ce n’est pas pour l’espoir -même s’il ne peut pas s’empêcher d’y croire- que j’irai jusqu’à toi. Que je déposerai mes mots, mes sentiments sur un seuil qui ne m’accueillera pas.

Qu’importe. Je n’attends, n’exige rien de toi.


L’espoir, bien sur, trépigne de savoir. Ne peut s’empêcher de penser avoir ses chances et fantasmer. Il m’a rejoué mille fois la scène, mille fois l’annonce et l’aveu de ces sentiments dont tu n’as rien demandé. Il ne varie presque jamais.

Et se trompe sans doute tout à fait. Mais ça n’importe presque pas.


Importe la vague en dedans, qui déferle et emporte tout avec elle. Importe ce débordement qu’il devient chaque jour plus compliqué de taire. Incontinent des sentiments.

Importe qu’il en devient difficile de faire semble, impossible de taire à présent. Alors venir. Alors venir jusqu’à toi et déposer ce fardeau dont tu ne voudras pas. Qu’importe. Je ne te demande pas de m’aider à le porter -à deux, il en deviendrait moteur et bonheur, léger et apprécié. Je ne te demande pas d’y toucher. Mais permets-moi, simplement, d’aller jusqu’à toi le déposer.

Je ne veux, ne peux plus continuer ainsi, à tourner et tourner les sentiments qui défilent intensément. Ne peux plus continuer à faire semblant. Alors j’irai. J’irai jusqu’à toi et, au seuil, déposerai mes mots. Qu’importent s’ils ne trouvent pas de terreau. Qu’ils sèchent et racornissent en moi s’il le faut : au moins ne seront-ils plus ces clandestins, parasites imposants s’interposant devant chacun de mes regards, chacune de mes pensées. Permets-moi d’exprimer.


J’irai jusqu’à toi et déposerai mes mots devant ton seuil. Sourirai de ta réponse que d’avance je connais. Laisserai l’espoir saigner dans un recoin, jamais tout à fait tué -je le connais, je le connais bien celui-là et je sais qu’il ne disparaîtra pas tout à fait. Mais du moins serais-je allégé du fardeau du secret.

J’irai jusqu’à toi et déposerai mes mots devant ton seuil. Sourirai de ta réponse et m’en repartirai. A peine plus léger -mais c’est là tout l’essentiel, à peine mais réel.