Récits vagants

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Eclats de vies

J'irai jusqu'à toi

J’irai jusqu’à toi. J’irai jusqu’à toi et je me fiche bien de savoir si tu ouvriras. Je me doute même que la porte sera, restera close à mes yeux, mes mains, close à ce désir certain qui est mien.

J’irai pourtant jusqu’à toi.

Et au seuil, je déposerai simplement les mots dessinant les sentiments.


Je sais déjà que tu n’ouvriras pas. Que tu recevras, entendras, que tu souriras peut-être, de ces yeux qu’on n’imagine jamais mouillés. Je me doute de ta réponse à mes avances enflammées.

J’irai au devant du mur et je m’y heurterai. Je le devine et le sais, même si, bien sur, je ne peux pas m’empêcher, quelque part, d’espérer.


Que veux-tu. Elles me surprennent moi-même, ces avances. Et c’est pire en dedans, où je n’en reviens pas de tous ces retournements. De ces sentiments qui, apparus subitement, s’imposent sans le moindre ménagement. Je n’étais pas prêt, je ne m’attendais pas à voir tout cela me rouler ainsi dessus. J’ai envie souvent de râler, maudire un peu le trait bien placé, qui a transpercé, traversé. A l’insu de mon plein gré.

Car je sais à quoi mes démarches sont vouées.


Il y a de l’espoir pourtant. Irréel et doux, certain de n’aboutir jamais, impossible à tuer tout à fait.


J’irai jusqu’à toi. Un peu pour l’espoir, pour claquer au mur cet espèce de connard, sachant déjà que cela ne suffira sans doute pas. Ton « non » me refroidira. Mais l’espoir agonisera longtemps, refusant de mourir, s’acharnant à ne pas partir. Le temps, peut-être, finira par l’avoir.

J’irai jusqu’à toi. Ce n’est pas que pour l’espoir. J’irai jusqu’à toi et déposerai mes mots sur ton seuil. Hé quoi. Il n’est rien d’autre que je puisse faire. J’irai jusqu’à toi, ni pour me blesser ni pour te gêner, ni pour saigner tout à fait l’espoir en moi. J’irai jusqu’à toi car il me semble impossible d’y couper. De demeurer. De vivre encore ainsi dans le secret.


J’irai jusqu’à toi et déposerai mes mots sur ton seuil. Je ne demanderai rien, ni la bise ni même un café. Je serai là mais ne resterai pas : nous avons chacun mieux à faire que de m’attarder dans la gêne et l’amitié.


Bien sur que l’espoir cisaille, dans un coin de mon âme, quémande une réponse et refuse d’envisager en face les plus probables. Fantasme entendre de ta bouche, sentir de tes mains les mêmes mots qui brûlent et me débordent. Ce n’est pas rien. Et j’ai beau raisonner, j’ai beau répéter, me dire que c’est d’avance arrêté… L’espoir est con, ne connaît pas la raison. Ne renoncera jamais qu’à petit feu et claques répétées.


Mais ce n’est, presque, pas important. Je gère l’espoir comme l’une ou l’autre part, comme un rien qui me gave et me regarde tout à la fois. C’est en moi, n’a pas besoin de déborder ou se faire remarquer.

Ce n’est, presque, pas important. Pas le plus important.


Et même s’il ne peut pas s’empêcher d’y croire, ce n’est pas pour l’espoir que j’irai jusqu’à toi. Que je déposerai mes mots, mes sentiments sur un seuil qui ne m’accueillera pas.

Qu’importe. Je n’attends, n’exige rien de toi.


L’espoir, bien sur, trépigne de savoir. Ne peut s’empêcher de penser avoir ses chances et fantasmer. Il m’a rejoué mille fois la scène, mille fois l’annonce et l’aveu de ces sentiments dont tu n’as rien demandé. Il ne varie presque jamais.

Et se trompe sans doute tout à fait. Mais ça n’importe presque pas.


Importe la vague en dedans, qui déferle et emporte tout avec elle. Importe ce débordement qu’il devient chaque jour plus compliqué de taire. Incontinent des sentiments.

Importe qu’il en devient difficile de faire semblant, impossible de taire à présent. Alors venir. Alors venir jusqu’à toi et déposer ce fardeau dont tu ne voudras pas. Qu’importe. Je ne te demande pas de m’aider à le porter -à deux, il en deviendrait moteur et bonheur, léger et apprécié. Je ne te demande pas d’y toucher. Mais permets-moi, simplement, d’aller jusqu’à toi le déposer.

Je ne veux, ne peux plus continuer ainsi, à tourner et tourner des sentiments qui défilent intensément. Ne peux plus continuer à faire semblant. Alors j’irai. J’irai jusqu’à toi et, au seuil, déposerai mes mots. Qu’importent s’ils ne trouvent pas de terreau. Qu’ils sèchent et racornissent en moi s’il le faut : au moins ne seront-ils plus ces clandestins, parasites imposants s’interposant devant chacun de mes regards, chacune de mes pensées. Permets-moi d’exprimer.


J’irai jusqu’à toi et déposerai mes mots devant ton seuil. Sourirai de ta réponse que d’avance je connais. Laisserai l’espoir saigner dans un recoin, jamais tout à fait tué -je le connais, je le connais bien celui-là et je sais qu’il ne disparaîtra pas tout à fait. Mais du moins serais-je allégé du fardeau du secret.

J’irai jusqu’à toi et déposerai mes mots devant ton seuil. Sourirai de ta réponse et m’en repartirai. A peine plus léger -mais, c’est là tout l’essentiel, à peine mais réel.

Cesser de boiter

Au fond je suis un peu paumé et tu l’as bien deviné. Ne l’aurais-tu fait que je te l’aurais avoué. Mais ne l’aurais-tu fait que tu n’aurais été tout à fait toi, n’est ce pas ? Alors selon les fois je me tais ou bien confirme, de loin en loin, ce que tu ne sais que fort bien.

Et pour le savoir, pour l’avoir lu dans mes mots et mon regard, pour l’avoir su et tendu la main… Tu ignoreras toujours un peu à quel point cela m’a fait du bien.


Je t’aime, c’est certain. Et au-delà de ça, crois moi tu m’aideras. Sans même, peut-être, le vouloir ou t’en rendre compte. Je sais déjà que cela ne te pèsera pas, tant les choses sont simples avec toi.

Les sourires et les mots, la bonté que tu respires et cet intérêt vrai qui souvent font défaut.


D’aucuns diraient que ce sont là des qualités de femme, de mère même. Je ne doute pas que tu feras une mère épatante, que les enfants que tu souhaites auront la chance de grandir dans ton foyer.

Je ne cherche pas de substitut maternel mais gentillesse, amour et attention. Des mots simples pour des traits bien idéaux, s’il faut en croire la plupart. J’ai trouvé cependant, de temps en temps, des hommes et des femmes qui étaient ainsi. Ceux là font partie de ma vie : crois moi, lorsque je les ai croisé, j’ai su qu’il m’en faudrait beaucoup pour les lâcher.

Mais jusque ici, aucun qui ne m’ait dit oui. Aucun chez qui trouver l’envie partagée de marcher main dans la main. Jusqu’à toi. Alors merci.


Je ne sais pas plus, toujours pas où le vent me mènera. Ce que je ferai demain, le mois ou l’an prochain, sans parler d’où cela sera.

Mais je sais, je crois, que cela se fera avec toi. Et cela me suffit déjà.

Je sais, j’ai toujours su que le monde avait beaucoup à offrir. Et, je ne vais pas me mentir, j’en ai bien profité déjà. Cela continuera. Mai avec toi je me sens, plus que jamais, capable de le saisir.

Ce n’est pas qu’une question d’être accompagné. Je ne veux pas vivre mes plans, mes projets, avec toi en soutien, en béquille à mes cotés. C’est bien plus et bien au-delà. C’est marcher, de front main dans la main. C’est te suivre en des endroits, des idées que je n’imagine encore même pas et t’en faire découvrir à ton tour.

C’est frayer ensemble, binôme élégant, duo gagnant où je cesse d’aller boitant. Où l’on cesse, peut-être, de boiter séparément.

Je sais certaines de tes blessures et tes fêlures. Tu te dis heureuse avec moi -et le plus souvent, je l’avoue vraiment, j’ai du mal à comprendre pourquoi. Mais tu dis que je t’apaise et réponds, sans le vouloir, à des questions qui pèsent. Tant mieux. Cela me flatte évidement, me plaît même si j’ignore comment.

Je te réponds volontiers que la réciproque est vraie.


Bon sang ensemble il me semble que l’on pourrait tout conquérir.

Toi à mes cotés, bien sur que je me sens apaisé. Il me suffit parfois de te regarder pour trouver une idée. Pour calmer une question qui s’est faite foret dans mon esprit inquiet.

Pour sourire, simplement, profiter du présent. Pour envisager même de penser à l’avenir.


J’ignore où cela ira, jusqu’où cela durera. J’ignore si nous bâtirons un foyer partagé, si c’est ensemble que nous serons parents et si nous nous accorderons sur un « oui, avec toi ».

Je ne m’inquiète pas, plus, de cela.

J’ignore encore beaucoup de tes projets, des chemins envisagés et s’ils sont fixés. Je crois qu’ils se construisent un peu chaque jour, se font et défont au hasard de tes envies et leurs détours.

Et comme je ne sais pas non plus ce que seront les miens, du moins peut-on essayer qu’ils soient communs.


Je sais que tout peut cesser, que rien n’est jamais acquis. Que tu peux te lasser, qu’un jour il arrivera peut-être où tu seras partie. Que moi aussi, bien qu’incapable de l’envisager aujourd’hui, je pourrais ne plus y trouver mon compte ou mon bonheur, me lasser de ce nous et vouloir chercher autre et ailleurs.


Je n’en accorde que plus de prix à chacun des moments.

Avant toi, j’allais boitant. J’ignore si je ne trébucherai pas à nouveau. Dans le doute, je plonge et je profite. J’expose à ton coté mes ecchymoses et mes ratés : je sais tes mots, tes mains capables de les panser. De me tendre en souriant la perche et le miroir de contes charmants. Ceux qui disent continuent, disent la valeur et le prix que tu portes à ma compagnie. Et donc, sans toujours t’en rendre compte, l’améliorent et l’harmonisent.

J’ignore encore où je vais, où j’irai. Je sais être toujours un peu paumé. Mais auprès de toi ce qui ressort c’est avant tout de n’avoir plus peur. De savoir que l’objectif n’est peut-être pas atteint, pas même visible au loin et largement inconnu.

Mais, quand tu es là, je sais être sur le chemin. Je sais que demain peut venir et sera bien, que j’avancerai le regard haut, aimable et curieux, capable de se poser loin.

Je sais même, te dire à quel point je sais tes capacités à me faire du bien. Je sais qu’un jour, tu pourras partir. Que le duo pourra se défaire et chacun reprendre une autre voie sur le chemin. Que je saignerai ce jour, peut-être plus que jamais. Mais que j’aurai cessé de boiter. Que toi partie, je continuerai d’avancer bien.

Bien sur que je suis paumé et tu le sais bien. Bien sur que ce n’est qu’avec toi que j’ai l’impression, enfin, de décerner une voie, un chemin. Que je peux dire mes incertitudes et le manque criant de signalisation sur les sentiers tortueux de la vie. Que je peux dire à quel point les miens semblent ardus, obscurs et hasardeux.

Et parce que je peux le dire à présent, parce que je confie mes doutes à ton attention. Parce que tu m’offres en retour non pas seulement tes lumières mais bien la certitude que les miennes nous éclairent, qu’il me suffit de le savoir et le voir.

Alors je sais qu’un jour si nos vies doivent diverger, si l’un de nous part et si tu n’es plus à mes cotés. Je sais que ce jour, pour tous tes bienfaits et tout le chemin déjà fait, je sais que je ne perdrai pas la vue. Que je poursuivrai, fort et serein, même blessé -cela est certain- même un moment désorienté.

Mais plus paumé.


Pour tout cela, tu ignores à quel point je te remercie. Savoir que si avant toi je ne vivais pas, à présent c’est bien le cas et après toi je le pourrai.

Pour autant, ne crois pas que cet après soit mon projet ! Non, je n’envisage pas ma vie sans toi -je sais, en dernier recours que si cela doit être cela pourra. Et tout porte à croire que nous marcherons longtemps main dans la main. Tout me porte, de plus, à l’espérer.

Et c’est un autre cadeau que tu as su m’offrir : un chemin partagé dont nul ne semble voir encore la fin.

Communion : se ressourcer à leur présence

Les voix se taisent ensemble, le ton baissant lentement. Il en est toujours un qui traîne plus longuement, sans s'apercevoir qu'il en fait trop, qu'il s'impose un peu sur l'eau du choeur. Sourires des membres qui s'en amusent le plus souvent.


Elle grimace un peu intérieurement au credo. Elle ne croit pas à tous les mots. C'est identique en nombre de prières et de chants. Prononcés dans l'ensemble sans jamais vraiment croire au sens.

Non, elle ne croit pas en ce Dieu Tout Puissant ni en son Fils ressuscité. Mais elle croit en l'ensemble de ces gens bienveillants, croit avec eux, en eux à la bonté.

En la bienveillance et la confiance qui s'en dégagent lorsqu'ils psalmodient ensemble.


Alors, s'il existe vraiment ce Dieu dont ils parlent tant, s'il est Amour comme on ne cesse de le répéter, elle prend le pari qu'il saura pardonner. Qu'il comprendra les mots faux pour les actes vrais.


Car à défaut de croire elle s'efforce de pratiquer. Non pas tant les prières, le chapelet ou la récitation le soir au pied du lit : seule elle ne prie pas, refusant de mettre en scène une mascarade au creu dénué de sens.

Mais à défaut de croire et prier elle s'efforce de pratiquer. La bonté. La paix et l'amour irrigués, irrigants chacun de ses gestes au quotidien. Ou presque. Elle est loin d'y réussir et s'agace souvent, détourne le regard où elle aurait pu tendre la main. Elle le sait bien. Essaie de faire les efforts qu'il faut bien. Devenir quelqu'un de bien.

Il lui semble qu'il y a quelque part la même idée dans celle de vivre en chrétien. Alors elle rejoint la messe et s'y trouve bien.

Trouve sa place auprès des autres. Se réchauffe à leur foi, peut-être. Se réchauffe à l'assemblée, appartenant sans jugement au groupe occupé à prier.


Il y a eu des années avec et des années sans. Elle regrette l'évidence, enfant, où elle ne se posait pas la question de la foi. Cela semblait être et peu importe si l'on ne comprenait pas.

Un jour, enfant toujours, adolescente peut-être, la question s'est posée. Et la réponse y fut trouvée : elle n'avait pas la foi. Ne croyait pas.

N'a jamais, depuis, cru en quoi que ce soit. Ni divinité ni toute puissance, ni être ni super-conscience.


Adolescente alors, elle avait cessé d'y participer. Le manque de foi, la certitude de n'avoir pas le droit. Elle se sentait de trop au milieu des prières et des déclarations qui l'apaisaient autrefois. Le manque de foi s'était fait intense et les messes étaient, toutes, le rappel de son incapacité.

Elle aurait aimé croire. Puiser dans la foi courage et volonté. Cela lui était refusé.

Mais n'avait cessé de le dire qu'elle croyait en l'homme. En la foi, celle là même qu'elle ne possède pas. Peut-être que Dieu n'existe pas ; mais la foi, elle, est palpable et ne se discute pas. Et, force de conviction d'un ensemble partagé, peut faire et défaire l'humanité.

Elle sait les horreurs qui ont été commises en son nom. En toute bonne foi et conviction parfois. Bien sur tout n'est pas rose et c'est un flot qui peut noyer aussi bien qu'irriguer.


L'inconfort surpassant le réconfort qu'elle y trouvait auparavant, elle s'était éloignée de tout ça. Avait cherché ailleurs, d'autres groupes et communautés, l'amour et l'amitié qui toujours semblaient lui manquer.


En revanche, n'avait jamais cessé de pousser les portes des églises. Les a toujours aimées, pour la sérénité. Même vides, même solitaires. En vadrouilles et chemins, elle s'arrête souvent pousser la porte des bâtiments. Closes, elles lui laissent une déception douce que l'on n'attendrait pas chez cette athéiste convaincue, quelque peu nihiliste si l'on creuse et dont le quotidien semblait bien loin de celui des Chrétiens.

A défaut de prier, elle aime s'y poser. Mains jointes sur les bancs désertés, saluant parfois une mamie agenouillée ou, selon les lieux et les moments, quelques touristes étrangers. Elle s’assied en silence et laisse passer le temps. Elle dit qu'il y a dans les églises un important potentiel de ressourcement. Que tous ces chants, toutes ces déclarations répétées, tous ces espoirs et cette foi toujours maintenue, même dans les moments les plus noirs, doivent avoir imprégné les murs et l'air que l'on y respire. Elle dit que les églises sont des lieux de paix.


Un jour, adulte, à force de s'y arrêter, est-elle tombée sur une messe. Y a assisté, bien plus que participé. Alors, plus que l'inconfort adolescent, c'est bien la douceur, la chaleur qui se sont fait touchants.


Depuis, elle y revient régulièrement. Elle puise, comme enfant, l'amour et la sérénité dans ces cérémonies cadrées.

Elle choisit bien sur ses églises, ses communautés. Mais aime s'y plonger, partager. Les moments de foi sont des moments d'union.

Même sans y croire, se sent-elle incluse, accueillie. Elle planque ses doutes et ses débris ; pour le reste, les bras sont ouverts et les sourires le plus souvent sincères.

Il y a de l'amour dans ces communautés, dans leurs manifestations tranquilles, sans grandiose ni élites. Elle ne recherche pas les grandes messes cérémonielles mais la régularité de la communauté.

Elle retourne à la messe régulièrement et, avec le recul, ne saurait dire si c'est prier vraiment. Communier, simplement.


Elle aime toujours autant le geste de paix, songe-t-elle en enlaçant sa voisine. Elle aime l'accolade ouverte et franche offerte aux inconnus, pour le bonheur de l'étreinte partagée.

Elle se dit, peut-être, qu'Amma n'a rien inventé. Que l'on s'ouvrait les bras dans les églises depuis des années. Qu'Amma n'a rien inventé sinon sortir des murs et des moments déterminés, autorisés.


Elle aimerait que les Chrétiens portent partout le geste de paix. Ouvrent leurs bras et leurs coeurs pour transmettre cette paix du Christ, rituellement murmurée à celui qui partage l'étreinte. Une paix d'amour et de bienveillance. Il lui semble que tout ceci est humain, ou devrait l'être, bien avant d'être religieux ou chrétien.



Alors elle ouvre ses bras dans l'église, enlace et accole les voisins, d'un sourire qui se veut foyer et serein.

Et répète le geste au dehors. Enlace ses amis, ses proches et ceux qui le veulent bien. Donne accolade en au-revoir, en réponse au chagrin, parfois sans autre raison que le plaisir de partager l'étreinte.

Elle aimerait faire passer dans le geste tout l'amour qui l'inonde. Tous ses souhaits de bonheur et de bien. Elle aimerait que l'étreinte soit confiance et foyer. Aimerait offrir entre ses bras un espace où être soi et se savoir aimé.

Elle aimerait faire passer l'idée, aussi, dans tous ses gestes au quotidien. Dire l'amour et l'amitié. Dire tout le bien qu'elle ne peut que souhaiter.

Il lui semble parfois que l'amour est un fleuve immense et invisible, un rayonnement qui déborde d'elle sans qu'elle n'y puisse grand-chose. Elle aimerait qu'il réchauffe, qu'il serve à quelque chose.


Il lui semble parfois que son coeur déborde et manque tout à la fois. Qu'elle peut, qu'elle ne peut faire autrement qu'aimer, embrasser le monde et ne poser qu'un regard le plus bienveillant possible.

Oh, elle n'ignore pas la colère. La rancoeur et même, parfois, le mépris. Mais elle essaye de faire barrage à ces sentiments pourris. Qui de toute façon s'effacent le plus souvent, pour la même situation, sous la douleur et la déception. Les hommes déconnent et s'arrangent le plus souvent pour en souffrir d'eux mêmes ou s'entraver dans leurs peurs et leurs rancoeurs.

Sans pouvoir toujours le pratiquer, elle ne souhaite que le bien. Que du bien, à tout un chacun.

Alors elle se pose le dimanche auprès de pas-tout-à-fait-les-siens. Et poursuit parfois l'aventure -un peu clandestine, un peu simulée mais pourtant vraie, tellement vraie- en accompagnant au-delà des cérémonies.

Elle a rejoint, pour quelques jours, des communautés ouvertes de religieux accueillant pour des séjours et retraites. S'est laissée bercée par le rythme lent, récurrent, d'une vie dans la foi et le don de soi. A fait taire, un peu, la voix disant qu'elle n'y avait pas le droit. Si la foi, le fond n'y était pas, devait-elle se punir doublement en se privant des formes ?

Elle trouvait dans ces moments la paix qui lui semblait ailleurs refusée.

Elle avait rejoint des retraites et des rassemblements. De prières et de chants, de discussions et de gens. Elle savait qu'elle mentait. Mais le sourire et la chaleur étaient vrais.


Alors elle portait son âme assoiffée aux flots d'amour et de bonté. Parlait, chantait, récitait et communiait. Ne se sentait jamais aussi bien accueillie et aimé qu'au sein de ces communautés.

Parfois, la lancinait le constat de se sentir le mieux aimée auprès de ceux à qui elle mentait.

Mais la douleur était douce, en comparaison de l'autre. De l'aridité. De la tristesse et de la solitude du monde vrai. Loin de l'amour et de la bonté -ceux là étaient trop rarement croisés.

Il lui était impossible de se sentir seule à l'église. Au dehors…


Débordant d'amour il lui semble souvent se dessécher du dedans. Quémander, avoir à l'intérieur un espèce de grand chien aux yeux tristes attendant le moindre signe d'attention, de tendresse.

Elle se sait assoiffée. Le planque bien le plus souvent. Après tout, elle est celle qui s'efforce de donner.

Elle reçoit volontiers. Laisse les autres l'aimer, l'entourer, la choyer. Et ne vient pas quémander. Il lui semble parfois que tous ses proches, ceux-là même qui l'aiment et disent être là, ne pourraient que s'enfuir en comprenant l'état du désastre intérieur et l'ampleur des vides à remplir. Elle sait qu'il faut avoir beaucoup à offrir pour espérer suffire.


Alors elle donne et reçoit. Sans limite et sans contrepartie.

Et connaît la solitude des amours sans retour. Du spectacle quotidien de ceux là qui ne se veulent pas de bien. Qui railles et maudissent leurs voisins. Elle saigne un peu chaque jours de la mesquinerie des humains. Aide où elle peut, quand elle le sent bien.

Aimerait parfois qu'on lui prenne la main. Avancer accompagnée. Tracer à plusieurs les chemins de bonté, dont l'exigence laisse parfois brisé le cantonnier isolé.


Alors elle retourne à l'église et ponctionne cet amour qui y rayonne.

Bien sur tout n'est pas vrai. Bien sur elle est ce qui est peut-être le plus faux. Elle le sait. Et après ?

Elle vient communier comme l'on ferait le plein. Se ressourcer, s'apaiser. Se dire qu'il existe ces moments de bonté où l'accueil est évident, l'unité spontanée. La solitude oubliée pour un temps.

Alors elle chante et va communier. Pour la présence et la paix. Pour en sortir le pas léger. Et continuer.

Communion : la simple présence

Ils laissent passer deux mesures de clavier qui résonne, un peu formel sous les voutes de pierre.

Et les voix s'élèvent dans un bel ensemble. Sa voix à elle, léger alto sans grand niveau, se fond délicieusement dans l'écho qu'ils font vibrer. Ils connaissent bien les couplets : ce chant revient régulièrement.

Elle aime les chants. Aime lorsqu'ils sont ainsi vocalisés, de tout le groupe et sans autre objectif que d'exister. Nul ne juge le niveau. Nul ne grimace à ceux qui chanteraient faux -il y en a, d'ailleurs elle suppose souvent en faire partie. Ils chantent ensemble et le chant, le collectif accueille tout un chacun, avec ses forces et ses faiblesses. Les voix nasillardes et les coffres trop enthousiasmes. Les timbres divins qui n'auront jamais de solo sous les projecteurs. Et tous les autres, et tous ces autres assemblés autour d'un même projet, d'un même moment partagé. De ces moments qui n'existent que parce que partagés.


Elle ne sait plus bien où tout ceci à commencé. Se souvient des messes étant gamine : pas tous les dimanches, mais fréquentes tout de même. Ils y allaient en famille, la grand-mère au coté. Le grand-père restait au café, reniant depuis des décennies toutes ces bondieuseries. C'était un fait, c'était acquis. Avec le temps, les parents manquaient plus souvent qu'à leur tour. La grand-mère emmenait ses petits enfants, avec le plaisir calme des vieilles gens qui ont leurs habitudes, tranquillement.


Elle se souvient, enfant, de l'unité ressentie lorsque toute l'assemblée chante et récite. Notre Père, qui êtes aux Cieux. Elle connaissait les mots qui filaient, chaque fois, répétés sans surprise et jamais sans plaisir. Le plaisir même venait de la répétition, de l'assurance apportée par ces mots immuables. La grand-mère au coté pouvait en témoigner, répétant les prières depuis des années. Les prières c'était l'assurance, le flot du familier. Confiance et stabilité.


Elle se souvient tout particulièrement de l'assemblée qui se répond, donne la réplique à l'officiant dans un ensemble qui dément toute la distance et tout l'inconnu d'avec ces gens dont beaucoup ne se connaissaient, ne se fréquentaient jamais hors des murs.

Béni soit Dieu, maintenant et à jamais. Cela est juste et bon.

Pour Dieu elle ne savait pas trop, d'autant qu'il lui semblait que s'il existait il pouvait se passer de la bénédiction des hommes. Prières et credo, elle n'en comprenait pas toujours tous les mots.

Mais le sens importait peu, pour peu qu'ils soient récités ensemble. Bénis soient les hommes qui prononcent ces sentences, pensait-elle parfois, portée par la joie de la communauté. Car oui, ces mots là, ces gestes là étaient justes, étaient bons. Ils étaient partagés.

Ensemble. Il lui semblait impossible de se sentir seul en répondant ainsi, d'une voix unique formée de dizaine d'éclats. Ici l'isolement n'a pas sa place et, ne serait-ce qu'en ces moments fugaces, pouvait-on savoir et toucher n'être pas seul. Entouré, accompagné. Porteur et porté. Ensemble et intégré.


Dans les chants, prenait tout son sens le terme de communauté. Elle se souvient des regards posés sur les feuillets, de ceux qui connaissaient et ceux qui bredouillaient. Des sourires échangés lorsque son voisin se trompait, lorsque, quelques rangs plus loin, sonnait une voix par trop enthousiaste ou éraillée. Douce complicité, de tous âges partagés. Elle aimait croiser le regard des vieilles dames, pas celles qui jugeaient mais celle qui riaient de ces erreurs et crécelles, qui riaient sans malice.

Les chants c'était la communauté, avec ses individualités, leurs faiblesses et leurs qualités, toutes assemblées pour ce but commun, gratuit et aberrant dans le quotidien, de chanter ensemble et dire l'unité.


Parlant de ces moments d'illumination, qui seraient aberration de l'autre coté des portes : elle se souvient, enfant, du geste de paix. Ces étreintes et ces accolades qui transmettaient, palpable, un amour réel ou qu'elle aimait prétendre tel. Il y avait du bonheur dans ce geste répété aux voisins, aux rangs autour du sien. L'embrassade franche et le sourire aimable.

Et la paix passait. L'étreinte était l'Amour fait geste, fait chair. La fraternité d'individus isolés qui, à ce moment, s'aimaient. Sans doute que tout n'était pas toujours réel. Qu'il y avait de l'obligation et de l'habitude sans passion. Que le geste serait, sinon, bien plus communément offert et reçu passées les portes lourdes de solennité.

Elle s'en doutait. Refusait d'y penser. Acceptait et offrait des étreintes vraies, d'un coeur débordant d'amour et assoiffé de retour. Le geste de paix était un échange d'amour, qui ressourçait qui le voulait. Le geste de paix était l'amour et la paix faites chair, tout ce qui aurait du sous-tendre chaque échange et chaque relation humaine y compris la messe et les portes de l'église passées. Ce n'était pas le cas ; mais du moins pendant ces moments là pouvait-elle y prétendre.


Elle se souvenait de l'envoi, des chants d'espérance et de joie de ces moments qui vont clore l’événement. Il y a toujours de l'enthousiasme dans l'envoi, le terme même est un mot de choix. Toutes les messes ne le proposent pas. Elle se souvient de l'église où elle allait enfant, qui le chantait systématiquement.

Allez, dans la Paix du Christ. Ces derniers mots que prononçaient le prêtre résonnaient en elle longtemps après que leur écho se soit éteint dans les pierres. Elle se souvient, enfant, passer les portes de l'église, sortir à demi éblouie après l'obscurité du lourd bâtiment roman. Éblouie d'amour et de paix tout aussi.


Elle se souvient du seuil de l'église que l'on franchissait léger, léger. Apaisé. Vidé des craintes et rempli d'une confiance à la fois présence et douceur sans masse.


Elle ne sait plus bien ou tout à commencé. Mais enfant déjà, les messes étaient solaires. Porteuses de paix, d'amour et de luminosité. Familier et communauté, amour et sérénité. Peut-être tout ceci parvenait-il, ailleurs et sans raison particulière, à lui manquer.

Au point de mesurer le dessèchement, la soif et le désir ardent au flot jaillissant des prières et des chants.

Repeupler l'absence

C'est encore un matin seul au réveil. Je ne les compte plus, ces temps-ci -ne me demandez pas non plus combien durent-ils, ces temps en questions Ne posez pas de questions.

Je ne m'en pose pas plus que ça. Je m'étire dans le lit toujours un peu froid, après tout j'y suis bien, j'y suis moi. Je me lève et vis comme je me réveille, seul entouré de ceux qui m'aiment, seul en l'absence de toi.

Bien sur ton départ a laissé ce creux, cette présence en négatif de ce qui était et n'est plus.

C'est fou, comme l'on s'habitue. A croire que l'autre est part de sa vie, incontournable et acquise à vie, sans questions, sans hésitations. A l'attendre et compter sur lui. Sur sa présence, des coups de main aux gestes tendres. La présence. Elle tue, quand elle est tue. Quand rien ne me dit plus toi, ton existence ici et là.

C'est drôle, la solitude, tu sais. Sur la fin il nous semblait pourtant qu'on ne partageait plus rien. Qu'on vivait côte à côte, plutôt qu'ensemble. Entente cordiale sans passion ni besoin. Sans flamme ni rien. Alors t'es partie ; et, je ne sais pas ce que t'en dis, mais de mon coté ce vide là, qui va de mal en pis, me semble dire encore qu'il restait quelque chose.

Tu me diras que ce n'était que l'habitude. Comme un meuble, un salon dont on change l'aspect après quelques années, nouveaux aménagements auxquels il faut s'habituer.

C'est vrai que cela fait dix ans que mes parents ont déplacé l'horloge du salon. Et pourtant, à chaque fois que j'y repasse, mes yeux se posent encore d'instinct sur le mur qu'elle habillait toutes ces années où j'y vivais.

Alors peut-être que le vide à mes cotés finira par se laisser oublier. Le silence de ne plus t'entendre, la nuit, respirer. L'immobilisme forcé d'un appartement semblable, en rentrant, à celui que j'ai laissé au matin… Peut-être que tout cela finira, très lentement, par passer.

Je me doute, tu sais. On s'en remet. On reprend de nouvelles habitudes. On remeuble le silence laissé.

Sans doute que si j'habitais encore la maison de mes parents me serais-je fait à l'horloge sur le mur d'en face.

Puisque après tout l'on s'était habitué à ce qui, à un moment donné, était nouveauté -ta présence, incarnée, vivante chaque jours à mes cotés-. On doit donc pouvoir revenir à l'état qui précédait.

Revenir à une vie sans toi. A un quotidien privé du bruit de tes pas.

Il fut, après tout, un temps où ils n'y résonnaient pas.

C'est drôle la mémoire, tu sais. Là tout de suite, je ne m'en souviens pas. C'est comme si mon corps et mon cerveau avaient occulté l'idée. L'idée d'une vie sans toi auprès de moi. Dis, ça existait ça ?

Etrange comme ces quelques mois, quelques années ont pu à ce point m'habituer. Après tout, j'ai plus vécu sans qu'avec toi. J'ai changé souvent d'appartement et ne me trompe pas de porte dans le suivant, n'y cherche pas d'instinct les aménagements du précédent.

Pourtant, ton passage achevé dans mon quotidien, je continue de me heurter, chaque matin, au drap froid de ton coté du lit. Il m'arrive encore de sourire en plein rayon de magasin, devant un article qui te ferait plaisir. Il m'arrive même encore, d'instinct, de le saisir. Avant de le reposer, plus lentement.

C'est drôle comme il me faut faire un effort conscient. Pour me dire que tu n'es plus là, que tout cela s'est achevé et ne sert à rien. C'est drôle quand même. A quel point tu étais consistante dans ma vie. A la fois dans le partout et le précis. L'eau du poisson qui ignore à quel point il baigne dedans. Et tout autant, tout aussi bien, les petits détails de notre quotidien commun.

De là à dire que je respirais grâce à toi… C'est un pas que je ne franchirai pas. Je peux dire pourtant que je suffoque un peu à présent. Il y a ces moments où je m'assois lourdement sur le fauteuil où nul autre ne vient se lover maintenant. Et cela presse, tord intérieurement. Quelque chose qui ripe et momentanément se bloque.

Quelques grains de sable dans les rouages d'un quotidien… D'un quotidien mirage.

Je ris, je vis. Je sors beaucoup en ce moment. Ils disent que cela me fait du bien. C'est vrai, sans doute. Mieux que de rester ici, où tout n'est qu'un cri. Un cri de silence, un cri d'absence. Alors tout est bon pour cesser d'y penser. Comme le disait Cabrel, moi aussi faudrait que je t'oublie à longueur de journée.

Alors je sors. Je bois, je ris, je danse. Je sais que c'est moi que j'oublie parfois. Ma foi s'il faut en passer par là…

Je m'oublie dans le bruit et les présence, dans les amis qui tapent dans le dos, dans l'obscurité prenante du cinéma. Dans les sourires des filles, parfois. J'ai encore un peu du mal avec ça. Ce n'est pas tout de suite que j'ouvrirai mes bras.

Ils me disent qu'il faudrait. Qu'il faudrait que je m'amuse et profite, qu'on emmerde Renaud et que vivre seul c'est surtout vivre libre. Que j'ai gagné le droit de faire ce que je veux.

Loin de toi, des fois je ne sais pas. Pas trop, plus trop ce que je veux. J'ai du mal à me souvenir du temps où ce n'était pas toi que je voulais. Mais vrai qu'il fut et qu'il reviendra. On s'en remet, on en revient toujours il paraît.

Je me doute, tu sais. Qu'on survit au départ, à la rupture, qu'on poursuit ou refait sa vie. Elle continue, comme on dit. Rien de plus normal, rien de plus banal au final. Quelques larmes, quelques potes et hop. De nouvelles rencontres, des projets et le retour du bonheur. Garanti en quelques mois ou quelques années, s'il faut en croire les amis ça marche mieux qu'un marabout ou au moins aussi bien. Le retour du bonheur, à défaut de l'être aimé.

On changera donc de sujet !

Je me doute, tu sais. Qu'a priori la plupart des adultes sont passés par là.

Je me demande juste parfois, dans quelle mesure cela ne contribue pas à les -à nous- tuer chaque fois un peu plus. A éteindre des feux, des certitudes éclatantes qui pavaient un chemin que l'on imaginait parcourir en se serrant la main. Chaque départ fait la route un peu plus noire. Un peu moins sure. Les certitudes et les toujours s'effritent sous l'usure. Il faut réapprendre à marcher seul. A penser et prévoir seul. On est grégaire. Chaque départ c'est un peu plus de trous noirs. Des accros dans la réalité d'un futur que l'on imaginait.

T'as emporté quelques pans en partant. Je peine, c'est vrai, à tout raccrocher. Mais j'y arriverai. Je continuerai et tu ne seras sans doute pas la dernière à partir emportant des bouts de moi.

Combien de fois tu crois qu'on peut survivre à ça ?

On restaure, on reconstruit. On renforce, aussi et c'est tant pis. Je ne tomberai plus amoureux comme je l'ai été de toi : trop échaudé, trop abîmé par ton départ arraché de moi. Je retomberai. Mais j'ai peine à croire qu'il s'agira du même état. Merde, pas deux fois ! Combien tu crois qu'on peut donner ainsi de soi ?

T'as pris beaucoup en partant. Moins, j'espère, que tout ce que l'on s'était donné. Je ne regrette pas nos années. Tu sais, je me relèverai. Cesserai de tendre le bras dans le lit froid, sourirai à ces filles là et ne rirai pas avec les amis juste pour chasser le creux, le déni. Bien sur que je vais, que j'irai.

Repeuplerai l'absence.

Lettre d'amour

Ça n'est pas sans tristesse que je mettrai fin à cette relation. L'idée, l'expression même en est hideuse mais c'est, je crois, bien ainsi que ce peut être dit.

Nous nous séparerons, de ma volonté ; je te quitterai mais pas si volontiers. J'ai conscience, peut-être autant que toi, du gâchis de se séparer. De la chance de pouvoir passer du temps à tes cotés.

Je sais stupide d'être incapable d'en profiter, d'en profiter comme il faudrait, de t'aimer comme je devrais. Comme tu le fais.

Il est terrible, tu sais, de reconnaître cette incapacité, qui reconnaît d'abord tes qualités. Rares, éprouvées. Et prouvées. Bien sur je t'aime et t'ai aimé. J'ai pour toi cette affection sincère et prolongée, la tendresse et l'attachement bien ancré. Mais pour autant, légèrement distants. Je sais à quel point tu es bien et tout à la fois ne peux que reconnaître n'être pas amoureuse. Ne l'être plus peut-être. J'aime autant croire l'avoir été un temps, plutôt que juste illusionnée -même si reste le souvenir, tout du long, de ce froid d'arrière-fond bien ancré, la distance au sein même de la romance.

Disons cependant que je t'ai aimé, si tu veux bien, j'y tiens. Que tout n'aie pas été que rêves, élucubrations tristes quand la solitude rencontre une illusion possible. Il t'a été, un temps, possible de faire illusion. Il m'a donc été un temps possible de t'aimer. J’eus aimé que cela dure plus longtemps -que cela grandisse, évolue mais dure en continu. Jusqu'à la fin des temps, au moins, évidemment.

Je m'en vais donc et vais alors reprendre la route. Je te laisse nos amis communs -ils étaient, après tout, tiens avant d'être miens même si je suis entrée dans leur vie avant de débouler dans la tienne. Et même si tu en as d'autre, même s'ils sont mon seul appui dans ce coin de pays, tant pis. J'ai la route comme amie, j'ai le départ qui souffle encore sur mes histoires et l'envie de bouger vient toujours aider à sécher les larmes versées. Je pars sans toi, je serais partie qu'eux aient été là ou pas.

Je ne doute pas que tu retrouveras bientôt quelqu'un, pour le cul ou plus sérieux, selon ce que tu trouveras mieux. Tu n'es pas du genre à garder la place froide trop longtemps, quitte à la remplir sans y penser trop sérieusement.

Je te la souhaite bien faite. Car tu es particulièrement attirant, du genre qu'on ne refuse pas de mettre dans son lit. Je te la souhaite bien faite, qu'elle se sente un peu moins dépareillée que je ne l'étais à tes cotés. Tu mérites mieux, ne serait-ce que pour l'aspect harmonieux.

Tu trouveras certainement, pour un temps ou plus longtemps. Durablement si vous l'envisagez tous les deux sérieusement. Tu es après tout sacrément attachant.

Je te souhaite une fille belle et bien faite, qui t'aimera sans prise de tête. Qui n'accordera pas une importance démesurée à ce que tu considères -à juste titre- être des détails. Qui vous évitera ces engueulades et incompréhensions qui étaient notre lot quotidien, bien plus que la passion. Je ne te souhaite pas plus la passion que tu ne sembles la chercher. Mais un attachement honnête, sûr et bien accompagné.

Je garde mes idylles et rêveries inavouées, les envies fantasques de complicité. Tu estimais tout à fait assez, suffisante celle que l'on partageait. Elle me semblait, malgré les années, moins belle et réelle que la première trouvée chez une conquête de quelques semaines.

Je te souhaite une fille qui te causera moins d'embarras. Personne d'aussi généreux et de bonne foi, bien qu'un peu maladroit, ne mérite les crises et les disputes que tu trouvais avec moi.

Je te souhaite d'être plus heureux que je ne l'ai été -surtout sur la fin-, je la souhaite plus sereine et confiante, moins fantasque que je ne l'ai jamais été. Moins sensible, sans doute ; comme en tous les excès nuisent et je sais tirer de là et l'incapacité d'aimer et la distance que tu soulignais.

Je remballe mes insatisfactions mal énoncées, mes rêves et mes incapacités. Je n'avais pas grand chose à t'offrir que ces lacunes déjà citées ; j'ignore comment tu as pu t'en contenter. Comme d'autres me l'ont dit déjà, tu jugeras peut-être plus tard que tout est mieux ainsi, que rien de bon ni durable ne serait sorti de cette relation pleine de froids et de conflits, d'essais et de blessures morales, réciproquement glaciales.

Tu ne les concevais pas ainsi, bien sur, pas autant que moi malgré les tentatives d'échange à ce sujet. C'est pourquoi il fallait que j'atteigne les limites, que je songe à te quitter et te le dise pour que tu en mesures peut-être enfin la gravité. Encore songeais-tu parfois la menace en l'air, faisant partie de mes airs et du drama.

Je te détestais, et me méprisais de devoir en arriver là. Toi d'être incapable de sentir le problème avant que je n'y mette de gros mots, moi d'être si violente et si poreuse à tes coups et tes défauts. De sembler exagérer, d'avoir l'air de faire du théâtre à chaque mot un peu haut.

Alors je reprends mes cliques comme j'ai repris mes sentiments. A regret, sur la défense et en rampant. Comme ces bêtes qui vont se terrer, lécher leurs plaies seules au terrier.

Sans doute que tu seras triste et dépité. Nul doute que tu en resteras un peu blessé. On revient toujours amoché de ces histoires d'amours terminés. J'en suis d'avance désolée.

Mais pour autant ne peux que me sauver -m'esquiver, quitte encore à me condamner.

Aimer et partir (2/2)

Mais autre, au moins. N’étant plus le quotidien qu’il venait de quitter, quitte à vite s’y retrouver.
C’est le mouvement qui me porte, le changement qui importe, avait-il coutume de dire ou penser –tant il est vrai que tous n’étaient pas prêts à l’entendre ou l’accepter.


Alors le plus souvent ne disait-il rien. Il s’éclipsait silencieusement d’un lieu, d’un monde occupé temporairement, arguant s’il le fallait d’un emploi, de projets pour là bas, d’amis plus anciens que ces connaissances de contextes et d’un temps.


Bien sur, ce cas là était différent. Dire à ceux qu’il avait élus, ceux qui l’avaient bien voulu parmi eux, l’attendaient et l’appréciaient. Dire à celle qu’il aimait et qui lui semblait attachée… Leur dire quoi ? Leur dire qu’il s’en allait, qu’il allait… Il ne pouvait plus prétendre retrouver d’autres proches et d’autres amis, non plus même qu’un emploi qui l’aurait plus attiré.
Il avait ici de quoi bâtir ses projets, bien entouré tant professionnellement que personnellement. Il avait tout pour se fixer, s’installer et construire dans la durée ces idées qui lui tenaient à cœur. Car il avait des idées, des projets et des envies de rester.


Simplement, il n’était pas certain de vouloir tout de suite les mettre en pratique. Il estimait qu’il aurait bien le temps de se fixer, de s’installer. Bien sur, lui répliquait-on, mais aussi celui e bouger. Il pouvait bien se poser, ne serait-ce quelques années, bâtir un peu ses projets, s’entourer de ceux qui le souhaitaient, de ceux qu’il souhaitait.

Puisqu’il accédait maintenant à un contexte existant, qu’il avait cherché longuement et n’avait plus qu’à saisir, à vivre intensément. Le temps qu’il durerait, puisque rien n’est éternel ; après repartirait-il !

C’est vrai, pertinent et évident reconnaissait-il, s’ancrant du mieux qu’il pouvait dans ses proches et ses projets. C’est vrai, il avait longtemps couru après un tel contexte, qui lui permettrait de se réaliser, de n’être pas dans un provisoire atteint plus ou moins par hasard. Car il s’était auparavant un peu baladé, un peu balloté, de villes en territoires et de potes en connaissances. Sans grande raison ni fondement, arrivant là sans l’avoir voulu vraiment.
Ici c’était différent. Il avait voulu venir, sachant trouver ceux qu’il aimait et de quoi vivre ses projets. Il avait voulu venir pour s’installer et durer.


Pourtant, à peine arrivé déjà l’envie d’ailleurs le reprenait. C’en était à désespérer. Quand, finalement, s’arrêterait-il ?

Ou du moins, puisqu’il était décidé, contre vents et marées à se fixer, à tout faire pour un peu durer, quand donc cesserait l’appel, ce désir lancinant d’un ailleurs, n’importe où et au devant ?


Alors il la serrait plus fort, s’enfouissait contre son corps. Riait plus fort et reprenait un verre encore.
Inquiétait parfois, dans ses tendances à en faire un peu trop. En privé, inquiétait aussi par ses passages à vide un peu maussade et déprimé. Par ces moments où il s’accrochait à elle, en plein tourments. Il avait pleuré, une fois, dans ses bras ; elle s’en était durablement alarmée.
Bien sur ne comprenait-elle pas, ne comprenaient-ils pas. Comment dire je t’aime, dire je vous adore mais pars encore, vous quitte de ce pas ou le ferai bientôt. Quand je ne sais pas, mais suis sur de le vouloir déjà… Comment envisager aimer et souhaiter quitter tout à la fois ?


Il ne savait pas quoi faire de ces pulsions là. Fatigué parfois, refusait d’y penser et ne souhaitait que se laisser aller, au sommeil ou à l’ivresse, de l’alcool et des rires ou du corps et ses plaisirs. Ne souhaitait que ce qui pourrait l’apaiser, ne fusse que momentané. Il était las de la tension, de l’écartèlement permanent nourri de l’insatisfaction. Quand cesseraient donc les questions ?
Il l’ignorait, se contentait de fixer aveuglément le plafond sans passion, de tourner en rond seul entre les draps, ces soirs où il regrettait que la femme ne soit pas là. Sa présence au moins détournait l’attention, laissait de coté les questions.

Bien sur elle ne les réglait pas ; d’ailleurs elle finissait toujours par repartir, le laissant seul à ces questions qui n’en attendaient pas plus pour resurgir.


Sans parler de la moindre tension, la moindre déception. Il l’aimait, plus qu’il ne l’aurait parié initialement. Comme tout un chacun et toute relation, ils avaient aussi ces moments de froids, quelques désaccords jamais bien graves ni durables qui sont le propre de tous ceux qui entrent en relation.
Ces moments pouvaient être facilement surmontés. Mais dans son cas, n’en faisaient que nourrir et provisoirement renforcer l’envie, le besoin de partir.


D’un jour sur l’autre, lui-même en devenait indécis.

Il avait tout ici, estimait-il non sans raison, ne pouvait que rester tout y incitait. Il s’agissait alors de résister, c’était sans doute comme arrêter de fumer, question de raison et de volonté. Tout y poussait.


Alors il s’accrochait, serrait les dents et dessinait en pensées la courbe des épaules qu’il aimait embrasser, se remémorait les murmures tendres avoués. S’accrochait à l’idée de la prochaine soirée, des bons moments passés qui se renouvelleraient, il le savait.


Et ne pouvait, pour autant, pas s’empêcher de chercher et de répondre à ces opportunités qui l’éloigneraient. Pas s’empêcher de rêver à des ailleurs et des lointains qui l’appelaient.

Aimer et partir (1/2)

Bientôt lui faudrait-il repartir. Il en prenait conscience, un peu douloureusement. D’autant plus amèrement lorsqu’il passait ses doigts dans les cheveux longs, dont la brillance le fascinait, de la femme qu’il tenait dans ses bras.

Il respirait son odeur, conscient de sentir s’emballer un peu son cœur, haleter au contact purement physique de sa peau contre la sienne. Il savait bien être attaché. La désirer, physiquement, c’était évident –qui ne l’aurait pas fait ? Mais loin, si loin de résumer ce pourquoi il y tenait. Au-delà du désir, c’est bien sa présence même à ses cotés, régulière, évidente à laquelle il s’était habitué au point de ne plus trop bien savoir comment s’en passer.

Elle le faisait rire, avait souvent solution à ses problèmes, de cette gentillesse évidente, désarmante. Où il hésitait, louvoyait à lui demander un service elle balayait ses craintes d’un sourire et de ce haussement d’épaules qui lui était devenu familier, disait « c’est normal et ça me fait plaisir ».


Il l’admirait. Profondément, sincèrement impressionné. Il ne se lassait pas de toucher, d’arpenter son corps splendide, sculpté de volonté. Il ne revenait pas de percevoir parfois le désir réciproque sous ses doigts, ne se faisait pas à l’idée qu’elle pouvait avoir voulu de lui. Ne s'habituait pas, chaque jour, à ce qu'elle veuille de lui.

Il était plutôt heureux à ses cotés.


Et pourtant, pourtant ne pouvait-il s’empêcher de penser à partir. Lorsque le désir le prenait, il semblait plus insidieux mais presque plus puissant, plus impérieux que celui, vital et vivant pourtant, qui lui faisait poser sa main sur la peau tiède de la femme…

Lorsque le désir de partir le prenait il essayait de raisonner, de résister. Il se disait qu’il avait ici tout ce qu’il pouvait souhaiter. L’emploi, au revenu confortable, un toit et même une table. La présence d’amis à qui il manquait lorsqu’il s’éloignait, manquait une soirée, une sortie qu’ils organisaient.

La présence aussi, combien précieuse et mesurée au quotidien, de la femme qu’il aimait, avec qui il était bien. Il savait que ce n’était pas rien, ayant essayé, décliné ou vu échouer d’autres relations. Puisque aucune ne lui semblait vraiment frôler la perfection, il avait pensé ne jamais pouvoir y trouver ne serait-ce que satisfaction.


Il l’avait trouvée ici pourtant, tout à fait soudainement. Il avait trouvé et des amis avec qui souhaiter passer du temps et cette femme qu’il se surprenait à aimer. Ni les uns ni l’autre n’étaient vraiment parfaits, pas plus que lui en effet. Etonnamment leur présence l’enchantait, lui plaisait tout à fait.

Mais n’avait jamais réussi à le satisfaire tout à fait. N’est ce pas ce qu’il fallait déduire, disaient-ils, de ses envies récurrentes de partir ?

Il secouait la tête, ne sachant trop quoi répondre ni où commencer à comprendre. Même lui était un peu perdu, un peu démuni par ces pulsions brûlantes en lui, qui disaient l’ailleurs et l’attrait du mouvement, l’éloignement de ce qu’il connaissait… y compris de ceux qu’il aimait.


Bien sur qu’il les aimait. Qu’ils contribuaient à son bonheur, aux sourires quotidiens portés sur le chemin. Qu’ils étaient ceux qui le faisaient rire et qu’il aimait retrouver.

Bien sur qu’ils n’étaient pas parfaits, pas plus que lui ne l’était.

Bien sur qu’il aurait toujours espéré mieux, qu’il lui semblait difficile de se satisfaire de ce qui n’était pas vraiment, pas totalement ce qu’il cherchait.

D’autres s’en seraient contentés, toute la raison y poussait. Trouvant, pourquoi pas, dans leurs distances et leurs différents les sources mêmes d’un enrichissement. Lui-même y ressentait surtout déception, frustration. Il les aurait voulu plus ceci, moins cela… -mais alors sans doute n’auraient-ils plus voulu de lui, duquel il y avait à redire aussi.


Mais même cela, cette insatisfaction chronique, toujours un peu latente, n’était pas le cœur de ce qui le poussait à partir.  Même aimé, entouré au point d’avoir consciemment décidé de rester, d’en profiter, il ne pouvait pas s’empêcher de vouloir partir. Pas tant pour les quitter, quitter ce qui le retenait, que bien plutôt pour aller ailleurs et découvrir, ouvrir les yeux sur de nouveaux horizons, rencontrer, cesser de tourner en rond. Ou du moins d’en avoir l’impression.

Il ne voulait partir ni pour fuir ni pour trouver mais partait pour partir, pour le mouvement presque plus que tout le reste, l'éloignement et la nouveauté, le renouvellement et les échappées.


Il luttait contre l’appel, enfouissait sa tête et ses pensées dans le giron de la belle, s’ancrant dans sa présence comme si elle pouvait lui être réellement moins prison que délivrance.
Il voulait rester attaché, fixé. Il voulait qu’en l’attachant, l’entravant, ils œuvrent à son soulagement. Il voulait être libéré de l’appel, l’appel incessant qui non content de lui ronger les sangs finissait souvent victorieux, l’arrachant à son quotidien pour le voir se catapulter de lui-même dans un autre, jamais vraiment plus intéressant. Jamais non plus correspondant à ses rêves inconstants.

Jours gris (3/3)

Il est vrai que la mélancolie semblait avoir passé un accord un peu tacite avec lui, ne l'envahissant que lorsqu'il était seul et dispos.

Alors disaient certains, c'était bien simple il suffisait d'être toujours entrainé, toujours entouré. Il s’émouvait parfois de leur bonne volonté, sachant bien qu'elle ne suffisait pas à combler les gouffres à ses cotés.

L’accord tacite avec la nostalgie disait aussi, certes en plus petit, qu'il faudrait de temps à autres lui laisser des espaces de liberté, des moments où s'exprimer. Au risque, sinon, de se laisser déborder.

Il la voyait parfois comme une vague un peu prédatrice à la limite de ses perceptions. Silencieuse et tapie, le laissant vivre sa vie. Mais profitant de certaines occasions, parfois, pour bondir à l'invasion.

Il y avait toujours des occasions. Il pouvait les préparer, les organiser, en faire une vraie réception, dire à la déprime allez viens t'installer, c'est le moment. Elle pouvait alors rester, il est vrai, un bon moment. Parfois le débordait jusqu'à ce qu'un événement ou un autre extérieur à sa volonté ne vienne l'en tirer. Une fois seulement qu'elle s'était affaiblie en restant, le rendant à nouveau réceptif à ces occasions de sortie.

S'il ne lui laissait pas ces plages horaires organisées, elle surgissait à l'improviste et sans pitié. C'était un mot, un geste d'un ami parfois très proche et très gentil. Qui heurtait sans le vouloir une sensibilité exacerbée n'attendant que le coup pour s'ouvrir à la vague insensée. Tire les entrailles et la maitrise tombera. L'immonde envahira.

Il se souvenait des quelques fois où il avait contenu, parfois in extremis, quelques larmes ou trop de hargne devant ses proches ou ses potes. Ils n'avaient pas à savoir. Mais il s'était parfois retrouvé attablé, dents serrées autour de sa gorge nouée, plaisantant moins ou plus froidement. Il avait contemplé les carreaux de quelques salles de bains qui avaient offert refuge à ses larmes. En fin de soirée certains -il en était souvent- s'y enfermaient pour gerber, lui s'y barricadait pour pleurer. Loin des yeux -loin du cœur!- des gens heureux sans ses heurs.

Il se disait parfois qu'il était heureux que les hommes n'aient pas à se maquiller ou son rimmel aurait trop souvent coulé.

Bien sur ce n'était pas systématique et n'arrivait que parfois. Ce n'était pas mécanique et il pouvait y couper durant des mois.

Mais c'était là.

Jours gris (2/3)

Suite d'ici

L'agréable autant que le mauvais.
Il se sentait souvent plus heureux, plus enthousiaste pour un rien, émerveillé parfois jusqu'à la naïveté, par des riens du quotidien que nombre ne daignaient même pas remarquer. Pire, s'il lui arrivait de leur pointer du doigt ce qui le faisait sourire ou trépigner, ne voyaient vraiment pas de quoi s'alarmer.Ils ébaucheraient à peine un sourire un peu mécanique où moi riait à gorge déployée ; il sentait la pique où d'autres se sentaient à peine effleurés.

Non pas la peur, la peur pour lui mais l'influence trop souvent de grands soucis auxquels il ne pouvait évidemment rien. Les malheurs du quotidien lui étaient souvent pénibles et broyaient son humeur en laissant remonter regrets et peurs.
Mais qui peut contre la misère et la faim ?
Tout un chacun.

Les vagues qui le submergeaient en ces moments là tenaient de la conscience aiguë de l'horreur épandue sur le monde, amplifiés de l'indifférence au quotidien qui y répondait généralement.
Les lames de fond étaient bien entendu plus personnelles. Egoïstes même. Elles tenaient de ses échecs personnels, d'un égotisme refusant de les accepter. D'une fierté blessée de se sentir bien loin d'humains de qualité auxquels elle estimait appartenir. D'un ego blessé que son support ne ressemble en rien à ce qu'il aurait espéré, estimé mériter. Plus beau, plus fort, plus vif de corps et d'esprit. Ces lacunes en lui, fermement ancrées dans une faiblesse de volonté l’entraînaient à s'y vautrer. Il le déplorait.

Oui c'était bien ce qu'il faisait dans ces moments prostrés. Il déplorait. Déplorait le monde et ses atrocités, les hommes et leur cécité, lui même et ses incapacités.
Il savait bien que cela ne servait à rien. Il plongeait, parfois loin, mais n'en rapportait rien. Qu'une horreur ancrant ses certitudes et des peurs bousculant les hésitations et incompréhensions. Il se détestait plus que jamais, en ces moments délicat. Se retirait pourtant, ou se voyait tiré en lui, regard tourné vers l'intérieur et l'horreur.
Il n'aimait pas ces moments. Evidemment. Ne semblait pourtant rien faire expressément pour y échapper. Se réfugiant, s'enfermant dans un isolement déprimant, fuyant les autres le plus souvent.

Parfois sortait-il pourtant, retrouvait ses amis en souriant. Il savait faire illusion jusqu'à tromper tout à fait presque tout un chacun.
Quelques heures jusqu'au matin. Quelques jours, peut-être bien.

Le salaud malgré lui


Je sais que je peux être agaçant, un peu pénible à la fin à t'observer et te toucher ainsi tout le temps et sans fin.
Mais accepte, s'il te plait, juste un peu, presque rien.

J'aime ta présence qui réchauffe et fait du bien.
Je révère ton corps magnifique si loin du mien.
Alors tant que cela dure et se maintient, je brûle la chandelle aux deux bouts et ne brûle que de ta présence un peu plus.

Parce que je sais aussi, avec la certitude de l'immédiat et de l'habitude, un quand bien plus qu'un si, sans quiétude, qu'il viendra un moment où sera rompu l'enchantement. Qu'un jour ce regard qui me remue n'évoquera plus rien qu'un peu de passé, nostalgie douloureuse de n'être plus ressentie vivante aujourd'hui. Que ce corps qui m'attire et brûle mon désir ne fera plus vibrer qu'à peine un peu d'envie, pour voir et tromper l'ennui. Si ta présence survit cependant à l'agacement et au dégoûts qui auront précédé.

J'ai peine à croire qu'il viendra un jour où je ne serai plus heureux de te voir.
Mais plus que croire, sais-tu, ais-je véritablement peine à le savoir. Tristesse effarée. Pourtant je sais, non par quelque étrange pressentiment mais bel et bien parce qu'il est d'ors et déjà certain que toutes les histoires ont une fin.
Bien sur certaines durent et perdurent des années, des décennies, parfois des vies.
Mais au prix de certains conflits et compromis, que je ne suis pas apte à faire aujourd'hui.
Et l'on parle encore ici des belles histoires, dignes des contes et des romans, des grands noms de l'émerveillement. Nous en sommes si loin en ces moments !
Une histoire pourrait être le mot. Une aventure à la con, apparue par conjoncture, disponibilité momentanée et sympathique réciproque. Un jour on se lassera comme on se lasse de beaucoup. De tout ce qui a paru mais n'a pas, finalement, compté beaucoup.

Alors tu as beau représenter un concentré de ce que tout homme ou presque aimerait trouver, je sais qu'il viendra bien un moment où je me lasserai.
Je me dis que peut-être, si tu n'en as pas, toi, eu marre avant, qu'alors partir te sera pour le mieux, te permettra enfin de trouver entourage et moitié propre à durer, peut-être à construire.
Si tu pars avant, bien sur que je m'effondrerai d'avoir été jeté. Mais quand je finirai par me relever, ce sera pour y reconnaitre au milieu de ces sentiments violents la marque d'un certain soulagement.


Jours gris (1/3)

D'après celle-là et les jours où il semble que rien ne va.

L'hiver, c'était plus souvent. Le dimanche également. Les dimanches d'hiver pouvaient être éprouvants. Il savait bien quand cela arrivait. Sans prévenir, mais il en reconnaissait les premiers symptômes et, presque, s'y préparait.
Il ne disait quasiment rien à personne. Ou plutôt, ne disait rien sauf à quelques personnes, de temps en temps. Quand il ne pouvait pas faire autrement ou même, aux plus proches, selon l'inspiration du moment. Il n'aimait pas mentir, ne serait-ce que par omission.

Il estimait pour autant n'avoir pas à s'étaler auprès de tous.
Fait-on étalage de l'état momentané de ses intestins lorsqu'ils ne vont pas bien ? Sauf pour certains, auprès de quelques uns, d'où tirer d'intimes conseils ou des rires assez peu distingués, s'y distinguer de vulgaire fierté. De même estimait-il n'avoir pas à livrer à tous vents l'état de ses tripes en ces moments. Ou à quelques uns, qui l'auraient bien remarqué, ou auprès de qui, parfois, se faire remarquer.

Car cela prenait au corps et aux tripes, l'enveloppait d'une chappe quasiment hermétique. Il se disait parfois qu'il s'y noyait.
Certains s'étouffaient honteusement dans leur vomi, lui suffoquait de sentiments, de ressentis. Il n'était pas grand monde alors pour lui tenir la tête au dessus de la cuvette.
Il se retirait alors chez lui et en lui. Montait la musique, au plus près des tympans, des chansons lentes et rythmées, un peu tristes le plus souvent. Accordées.
Bien sur que cela l'entrainait à plonger. Mais il ne se sentait pas l'envie d'autres bruits. Aux amis qui proposaient un verre, une sortie, il répondait d'un mot laconique le précisant non disponible. Il est vrai qu'il ne l'était, intérieurement, pas tout à fait. Ils n'avaient pas à savoir exactement ce qui le justifiait.

Il aurait d'ailleurs eu du mal à s'en expliquer. Il avait déjà pu le constater, il avait déjà essayé.
Aux quelques uns l'ayant déjà surpris dans cet état, un peu prostré, larmoyant parfois. A ceux à qui il annonçait qu'il avait été un peu bas. Ceux qui répondaient et s'inquiétaient.
Parfois, avec certains pouvaient-ils éluder. Les rassurer rapidement d'une ou l'autre raison qui n'étaient jamais tout à fait fausses de toute façon. Le boulot, la reprise, un échec ou quelques kilos de trop.
Bien sur, cela y contribuait, y participait. Mois moins pour eux-mêmes que pour ce qu'ils ouvraient, ce qu'ils laissaient rentrer. Remonter. Il est possible de lancer des pierres, des rochers dans l'eau, elle ne se troublera vraiment que si quelque chose, au fond, y est déjà présent. Et c'était ces sentiments là qui le submergeaient parfois.

Il ne savait pas vraiment lui-même de quoi il retournait exactement. Un peu de blues, un peu de nostalgie. Des moments rêvés qui n'arriveraient jamais. Des moments passés auxquels il n'aurait plus droit ni accès. Si ce n'est en souvenirs, avec la coloration d'inaccessible qui les caractérise. Tant de choses passées en mémoire ou qui ne pourraient pas être, ainsi que chacun pouvait en avoir. Sans doute était-il plus faible. Il l'entendait, il l'acceptait.

Et ne pouvait pas s'empêcher de penser, devant l’incompréhension de ceux avec qui il tentait de partager, ne pouvait pas s'empêcher de se demander s'il s'agissait vraiment d'une faiblesse isolée. Il estimait que cela avait rapport aussi avec plus de vie, plus de ressenti, plus riche et plus fourni.

Serre-moi (2)

A M-H, aux bras qui n'ont pas été là et à ceux qui n'ont pas suffi

J'étais, c'est vrai, un peu jaloux de cette idée, de cette potentielle complicité qui m'échappait. Je t'en voulais presque, parfois, de ne pas me laisser accéder à ce qui comptait, à cette intimité qui te rongeait sans que tu ne daignes la partager.

Vrai aussi que tu avais essayé. Je ne comprenais pas ce qui te blessais dans la marche d'un monde dont le pire ne te concernait pas et qui dans tous les cas... Enfin, c'était ainsi, que dire de plus et pourquoi s'arrêter à ce que l'on ne pouvait pas changer ? L'introspection que tu menais n'avait pour conclusions que de tristes constats qui me semblaient pourtant lointains et bien détachés de l'immédiate réalité.

Je m'agaçais parfois de tes simagrées, de ce qui me semblait être une scène pour si peu ou surtout n'en valant pas la peine. Après tout qu'est ce que tes songes y changeaient ?

Et puis je réussissais parfois à me rendre à l'évidence que cela ne semblait pas réellement te laisser de choix. Il est des douleurs ou des idées après tout que certains supportent plus ou moins, des blessures plus ou moins bien soignées et cicatrisées. Sans doute tout ceci, bien qu'en partie dans ta tête, devait t'être insupportable, où je ne voyais, moi, rien de notable.

Cette incompréhension de tes émotions que je m'efforçais de ne pas trouver bidon, m'agaçait aussi parfois. Le plus souvent je ne le montrais pas plus que toi qui t'arrangeais aussi pour craquer à l'abri des regards et des miens y compris.

Alors je me contentais d'accepter ne pas pouvoir t'aider autrement qu'en ouvrant mes bras.

Tu venais y puiser je ne sais quoi, tu parlais d'un ancrage et de ressources à prendre avant de repartir au combat. Tu disais reprendre un peu ton souffle à l'abri de mes bras, à l'abri de tout et de tous. Je me taisais durant ces moments là, ou bien te murmurais mon amour et l'admiration que je te portais. Sincères tous les deux, j'espérais, tant bien que mal, qu'ils aideraient à t'apporter un peu de mieux.

Je ne comprenais pas, je concevais bien n'être pas de tes combats. A défaut d'un frère d'armes et d'un compagnon de chemin, j'essayais d'être ce port où tu faisais relâche et celui qui marcherait à tes cotés quitte à m'y sentir parfois les yeux bandés.

Parfois, cela semblait suffisant et même plutôt bien, quand tu trouvais tout cela reposant et disais être bien.

Parfois cela semblait suffocant de n'être en gros rien, quand tu pleurais d'isolement et que je n'y comprenne rien.

Mais fondamentalement tout ceci semblait le plus souvent n'être qu'un détail un peu pesant mais bien uniquement de temps en temps.

Ensemble on était bien, riant beaucoup, se disputant parfois le plus souvent pour trois fois rien.

Au quotidien tu allais bien, drôle et souvent pleine d'entrain, aimant sortir et découvrir, multipliant les projets et les désirs.

J'étais heureux avec toi, plus emmerdé généralement par ces quelques petits rien du quotidien où l'on s'accrochait parfois, que par le reste et ces moments où tu t'accrochais à moi. Détail, semblait-il, que tout cela.

Il était rare après tout que tu défailles au point d'en avoir à te raccrocher à mon cou. Non que tu ne m'enlaçais pas souvent, au contraire et j'appréciais d'autant, étant moi même du genre un peu collant. Mais malgré tout je savais bien différencier ces câlins habituels ou spontanés des élans plus urgents qui te poussaient à me serrer. De temps en temps venais-tu puiser, incompréhensiblement, ce calme rassurant.

Tu disais à tes copines que tu adorais mes bras forts et mes épaules sculptés des heures durant sur les bancs, pour cette impression délicieuse d'y être en sécurité, cette impression précieuse de protection. Il y avait, c'est vrai, matière à t'enlacer et je t'offrais ce que j'avais, sans modération.

Avec le temps pourtant j'aurais pu deviner que cela finirait par n'être pas assez.

Serre-moi (1)

Ca prenait la poussière par ici ! Tentons d'y remettre un peu de vie.

Tu me demandais parfois de te serrer dans mes bras, te serrer à en étouffer.

Tu ne le disais pas comme ça mais, enlacés, tes serre-moi, serre-moi avaient valeur d'imprécation. Alors je serais à t'étouffer, jamais tout à fait mais assez pour sentir ton souffle se couper dans un hoquet.

Plus tard, je comprendrai aussi que le hoquet n'était le plus souvent qu'un sanglot contenu, brisé avant l'issue par ton souffle retenu dans mes bras.

J'ignorais, le plus souvent, la raison, la motivation à ces élans qui te poussaient contre moi, t'enfouissaientle visage au creux de mon épaule et de mon cou, murmurant serre moi beaucoup.

Je ne prétends pas avoir toujours compris tous tes états d'esprit notamment les plus critiques. J'essayais d'être là, d'être à tes cotés si tu le souhaitais dans ta panique ou ce qui y semblait. J'en ignorais les raisons, ne comprenais pas souvent tes bribes d'explications.

Pour autant j'avais fait le choix d'être là tant que tu voudrais de moi pour ça.

J'ignore ce que t'apportaient vraiment ces étreintes un peu fortes demandées de la sorte. Tu disais parfois que je t'ancrais, qu'entre mes bras accrochée tu pouvais te laisser aller.

Tu détestais pourtant coller ainsi au cliché, la fille fragile enlacée, princesse inutile ayant besoin d'être protégée. Tu n'y correspondais pas, pas tout à fait. Tu venais puiser parfois dans mes bras, relâcher un temps pour mieux repartir après de l'avant. Qui taxerait de faiblesse les grands navires venant faire escale au port ?

J'aimais l'idée d'être un peu ton port et même si je refusais de dire d'attache, oui tu savais bien avoir ici ta place.

J'avais confiance en toi, tu disais la même chose de moi. Je me disais qu'à partir de là le reste n'importait pas, du moins importait moins.

Bien sur je n'étais pas dupe et me disais bien que l'idéal n'était pas de n'y comprendre rien. Que tu aurais préféré, voire aurait eu besoin de quelqu'un capable de savoir et peut-être même de sentir, ressentir comme tu ressentais, de partager ce qui te blessait, de l'appréhender au moins en fait.

Une ou deux fois je t'avais évoquée cette idée. Tu avais souris en haussant les épaules, amèrement amusée. Tu m'avais dit n'en être pas tout à fait persuadée. Tu disais parfois que deux comme ça, deux comme toi serait tout à la fois miracle et sacrée croix. Tu disais que celui qui comprenait aurait la proximité, la complicité... Mais serait probablement lui aussi trop remué pour contribuer à t'ancrer dans ces moments où il te semblait te noyer.

Accusé de réception (2/2)

Suite tout d'abord d'ici et plus récemment d'ici...


Je viendrai, c'est évident, je ne manquerais cela pour rien au monde.
Je souris déjà à t'imaginer. Tu auras la robe la plus blanche et la plus fournie en dentelles qu'il t'aura été possible de trouver. Et sur toi elle n'aura pas le ridicule qu'elle aurait à m'approcher ; sur toi elle ira, resplendira.
Vous formerez l'un des plus beaux couples qu'il est permis d'imaginer. Toi mince et douce, impeccablement maquillée, coulée dans une robe imaginée, adaptée au millimètre près. Je n'ai pas oublié cette couturière parmi tes amies, à qui tu envisageais déjà de proposer tes projets.

Et que dire de ton homme, le sportif devant l'éternel, à la carrure étonnante !
Tu m'avais raconté ton étonnement ravi, la première fois dans ses bras et son lit. J'avais souris et pensé qu'il gagnait des points, par sa taille et sa carrure. Non point tant pour l'aspect recherché, même si tu m'avouais ta fierté quand les filles se retournaient sur son passage.
Mais ce n'était pas tant la beauté qui te plaisait, que cette impression de force qui te rassurait. Tu aimais te blottir dans ses bras, tu me disais avoir l'impression là que plus rien ne pourrait t'atteindre vraiment.

Je souriais, je comprenais, ton besoin d'être entourée, rassurée, protégée.

Entourée de ceux qui t'aimaient. Notre rencontre au bout du monde avait bien témoigné de ce besoin qui te pesait dans l'exil de nos entourages respectifs. Tu m'avais ouvert vite et loin les portes de tes rêves et tes désirs, rattrapant ainsi le temps qui nous manquait pour être intimes.

Rassurée sur ce que tu valais. Tu m'évoquais souvent tes craintes et tes doutes sur la qualité des travaux que tu rendais, sur tes chances et l'avis de ceux que tu rencontrais.
Rassurée, aussi, sur tes capacités, ta féminité. Combien de fois t'étais-tu surprise à draguer, juste pour confirmer que cela marchait ?

J'en ai fait les frais parfois, quand tu m'ôtais sous le nez l'attention d'un type avec qui je flirtais. Vrai que je ne pouvais pas lutter ! Tu finissais par le monopoliser et je vous observais, ravalant rapidement ce qui n'était même pas de la rancoeur. Un certain amusement plutôt, tant je me fichais bien du dragueur et connaissait en revanche tes besoins et tes peurs. Je trouverais d'autres histoires ou m'en passerai aussi bien comme le plus souvent en ces soirs.

On en riait après, plus tard, quand tu venais m'avouer ton sentiment de culpabilité d'avoir dragué quand ton homme t'attendait là bas, distant de milliers de kilomètres et de quelques mois.
J'ajoutais en riant qu'en plus d'avoir manqué le tromper c'est un coup que tu m'avais grillé -pour au final t'en dégager avant d'aller trop loin, par respect et fidélité pour ton copain, tous ces aimables lien qui ne me concernaient en rien.

J'aurais pu t'en vouloir, te traiter d'allumeuse et de salope. J'aimais mieux en rire et me dire que ce n'était pas plus mal que cela t'arrive avec moi qui riait de ces coups bas involontaires et me moquait bien de conclure.


Et puis tu m'avais sauvé quelques fois la mise et la soirée, parfois même sans t'en apercevoir comme tu ne t'apercevais pas me piquer mes conquêtes. En attirant à toi l'attention de l'un qui me gonflait, d'un autre choisi par défaut, quand je ne souhaitais d'une soirée qu'un peu d'amitié et de partages.

Tu me disais dure en amours, comme on le dit d'autres en affaires. Tu te félicitais sincèrement de mon bonheur quand je pensais avoir croisé enfin quelqu'un de bien. Mais c'était rare et en attendant tu me disais profite, on ne vit qu'une fois, profite d'autant plus que tu n'es pas engagée toi.
Je souriais, tu savais bien comme moi que tout cela ne marchait jamais tout à fait comme ça.
Tu avais besoin de séduire qui que ce soit pour être rassurée, séduisante et le savoir. Je ne savais pas me contenter sans arrière-pensée d'un coup d'un soir quand il ne me plaisait pas tout à fait.

Vrai que tu lui en as fait voir à ton homme resté là bas, tandis que tu t'éclatais avec -plus que ?- moi.
Mais j'espérais qu'il pardonnerait, qu'il comprendrait aussi tes repentirs que je savais sincères.
J'espérais car comme toi je savais que c'était lui, que c'était toi, que vous formiez le couple le plus improbable et pourtant le moins voué à voler en éclat. Vous étiez de ceux assemblés pour convoler et durer.

Tu me faisais rire en me racontant vos débuts, quand tout n'était parti que d'une histoire d'un soir et convenue. Vous saviez que cela ne durerait pas, attendiez simplement que l'autre se charge des premiers pas d'une rupture attendue.
Et puis ça a tenu.

Et puis tu es partie -en géographie seulement, car ni de ses pensées ni de votre relation- et revenue et les liens non seulement perduraient comme s'ils ne s'étaient jamais distendus mais bien plus s'étaient ravivés, enrichis. Avaient mûri.
Aujourd'hui vous signez l'achèvement ou le consentement de leur valeur et leur solidité. Il est évident que je viendrai.

Je m'habillerai et parlerai bien, n'ai crainte même si je sais bien que tu n'associes ni mes mots ni mes parures au satin. Tu seras peut-être surprise de me voir entrer si bien dans les codes attendus. Non, je n'aurai plus ces grosses bottes à crampons qui accompagnaient tes talons. Je mettrai bien en valeur selon les codes et les usages attendus ce corps pourtant loin des modes et tout en déconvenues.
Je sais bien n'être pas mignonne ainsi, voilà bien pourquoi c'est autrement que je séduis ou le tente du moins, un peu plus camouflée sous quelques airs de garnement.

Mais qu'importe après tout puisque je ne viendrai pas tout à fait pour être jolie. Pas plus que pour être polie mais bien pour toi, pour la joie mon amie.

Je devine déjà que tu me placeras à la table des élibataires où s'échangeront sans doute un peu de regards et de séduction, quelques numéros voire un peu de passion.
Qui sait, peut-être entrerais-je à l'hôtel accompagnée. Je doute pourtant fort d'en sortir ainsi, de construire avec un, avec lui. Ne t'avise pas de jeter en ma direction l'inévitable bouquet que je me chargerai bien d'esquiver. Nul besoin à dire vrai, tant il sera de mains pour le vouloir et l'ôter prestement de mon chemin.

Ma belle si tu savais la joie que m'apporte ici et aujourd'hui la réception de ce carton. Joie pour toi, sincère et sans jalousie.
Je ne suis pas tout à fait de tout ça, j'en ai pris le pli à défaut d'en avoir vraiment fait le choix.
Qui sait, peut-être resterais-je encore un peu là bas, certainement retournerais-je faire signe aux miens. Peut-être même arrêterais-je pour de bon, trouverais-je cette fois-ci le bon...
Mais il est plus probable que je reprenne en fait le chemin du tarmac et des tropiques où je retrouverai le hamac et sa place unique. Et puis qui sait peut-être un jour tout cela finira bien par changer.
Ne t'en fais pas pour moi, j'ai pris le pli à défaut d'en faire vraiment le choix. Parti(e) de vie ?

Accusé de réception (1/2)

Suite d'ici

Tu n'avais pas tout à fait tord, tu sais, et j'ai souri à te lire. En effet, tous les deux mois environ et selon quoi, une grande enveloppe brune est postée de ce chez-moi où je ne réside pas, ce chez-moi d'une enfance achevée depuis longtemps déjà... Ou jamais tout à fait.
Une grande part du courrier qui m'est destiné ne m'atterrit à vrai dire plus tout à fait entre les mains. Il y a ce qu'on ouvre pour moi là bas, auquel on peut répondre à ma place ou me scanner s'il le faut.
Le courrier papier voyage il est vrai moins bien.
Mais celui-ci, s'ils ont pris la peine de l'ouvrir en premier pour en vérifier l'urgence, ils ont tenu out de même à me l'envoyer tout entier.

J'ai donc reçu ce matin une enveloppe contenant deux cartes postales, quelques documents administratifs et cette enveloppe épaisse et filigranée. Curiosité.
Non, je n'ai pas reconnu ton écriture au devant, mentionnant cette adresse qui me sert tout à la fois de poste restante et de centre de tri. Mais l'expéditrice au dos du carton ne m'était pas inconnue, pas plus que le second nom à tes cotés.
Alors j'ai souri.

J'ai fait durer le suspense. Je me suis levée du lit où j'étais installée, suis allée me servir un verre au frigo. Je n'ai pas un grand chemin à faire pour cela, tu imagines bien que je réside encore en studio, ici un nouveau meublé loué pour la moitié de l'année, ayant trouvé un contrat pour ces quelques mois.
Ce n'est pas un thé comme nous en partagions autrefois que je me suis fait aujourd'hui ; je réserve les boissons chaudes au diner, lorsque le températures daignent enfin descendre un peu. Oui, j'ai bien rejoint à nouveau les tropiques pour quelques mois ou peut-être, j'espère, une paire d'années. Sans doute que tout dépendra des opportunités.

Il est heureux qu'il soit d'usage d'envoyer bien en avance ce genre d'invitations ; je te promets de réserver au plus tôt mon billet d'avion.

Ainsi tout ceci a donc pris forme et vous en êtres rendus à la mairie... A l'autel aussi, si j'en crois ce que je lis. Pour l'hôtel, il y a déjà quelques années que tu avais rajouté un deuxième oreiller au chevet de ton lit d'étudiante. J'avais eu ensuite quelques échos de votre emménagement commun, des disputes et des bons moments.
Il y avait du bonheur et des promesses, même dans tes pleurs quand tu débarquais chez moi souhaitant que tout cela cesse. Tu passais quelques heures et repartais, vidée de ta colère à défaut de réellement regonflée. Vos retrouvailles se chargeaient de te soigner tout à fait.

Vous formiez un beau couple il est vrai, que beaucoup enviaient. Moi y compris, eh oui !
La libertaire et l'éternelle célibataire. Qui collectionnait moins les hommes qu'elle les regardait passer de loin. Peu daignaient m'approcher, moins encore étaient jugés supportables à rester, même pour la soirée.
La fille libérée, qui bougeait, riait fort et picolait, finissait parfois la nuit dans le lit de l'un ou l'autre... Mais n'y aurait sûrement pas passé sa vie.
Je disais que je n'y tenais pas, que même un soir cela ne m'intéressait pas. Tu savais ce que je n'y trouvais pas, chez ceux-là qui s'intéressaient à moi ; jamais tout à fait, jamais vraiment satisfaisants.
J'étais trop difficile surement, y compris et premièrement pour mon propre bien.

Alors on riait de tes grands projets, maison mariage enfants et de mes idées toujours de passage, courts projets et voyages.
Mais on riait ensemble, y compris lorsque l'on se charriait mutuellement sur nos choix de vie réciproques et différents. On avait l'amitié improbable de ceux qui ne se ressemblent pas à première vue mais partagent bien certains points. Peut-être invisibles à l'oeil et donc, dit-on parfois, plus essentiels.

Sur qu'on ne s'est pas vu longtemps, ayant fait connaissance au bout du monde lors d'un exil volontaire, revenues ensemble un temps avant que je n'embarque à nouveau pour d'autres latitudes.
Revenir sous les nôtres me fera sans doute du bien -ce genre de bien présent et profitable parce qu'on sait ce retour l'affaire d'un moment, non permanent. Le pays m'est escale à présent, pour mon plus grand bonheur.

Le reste ne peut peut-être pas en affirmer autant.
Non, je ne regrette pas d'avoir quitté ce pays, j'en savoure au contraire l'ici où je revis.
Mais... Certes on ne peut pas non plus parler de regrets, non, mais plutôt d'une acceptation pas tout à fait de bon gré. Je parle ici des mouvements et de l'allant, de la bougeotte et des déménagements incessants.
Bien sur je parcoure et découvre des paysages sans fin. Des villes et des campagnes, des us et ds coutumes car c'est aussi, sinon peut-être avant tout, une quête de l'humain que ces départs et ces chemins.

Mais je viendrai c'est promis, même de loin, même d'ici. On ne manque pas l'union rêvée de son amie, fusse-t-elle éloignée, manque-t-on de nouvelles et de quotidien, échangés contre la distance et le flou du lointain.
Car je me souviens.

Et toi aussi visiblement puisque tu as pensé à moi en distribuant ces cartons blancs.
Tu ignores l'effet qu'ont eu sur moi ce geste et cette pensée. N'avoir pas été oubliée, compter encore malgré la distance où j'ai tous les tords. Nul besoin d'argumenter encore le prix de ton amitié et la gratitude éprouvée à cette idée.

Dites leur

Dites leur que je vais bien. Que je parle parfois d’eux, qu’ils restent bien les miens ou que je suis heureux.
Dites leur qu’où je sois je reviendrai. Dites leur n’importe quoi et surtout pas le vrai.
Taisez la détresse et l’oubli, niez le malaise et l’ennui. Ne dites pas que leurs visages s’effacent de ma mémoire en plis, que le souvenir même de leur être me fuit.

Dites leur que je vais bien, que j’ai trouvé ma place enfin. Qu’elle n’est même pas très loin, que je passerai les voir un jour prochain. Dites leur une tendresse en pensées, quelques mots transférés. Dites leur ce qui plait, bien plus que ce qui est.

Niez les rides et les ennuis, taisez le vide et mes envies. Dites leur que j’ai fini par m’ancrer, que je peux les en remercier. Que je me suis posé, satisfait, que la vie est belle tout compte fait. Que la routine est bonne et l’espèce pas si conne.
Dites leur que je suis revenu, à moi-même tel qu’ils m’aiment.  Raisonnable et posé, lucide et cadré.
Ne leur dites pas ce qui est, mes errances et tous mes souhaits. Ne leur dites pas qui je suis, mon essence et sa vie.

Dites leur que je vais bien, que je n’ai besoin de rien. Que je garde d’eux des souvenirs heureux, qu’ils me manquent même un peu. Dites leur mon affection, dites tout ce qu’il est bon.
Mentez encore un peu plus fort et parlez-leur d’amour.

Ne dites rien de la colère et du chagrin des prières. Ne dites rien du dégoût, rien de l’usure de leur fou.
Ne dites rien de qui, de ce que je suis. Pourquoi souligner l’essentiel s’il doit leur être cruel ?
L’histoire a tracé des lignes qu’ils préfèrent encore ignorer. Ne leur dites pas l’indignité, la déchéance où j’ai plongé –à leur avis. C’est bien ainsi qu’ils jugeraient, s’indigneraient. S’attristeraient.

N’imposez pas le récit de mes choix, de ma vie.
Dites leur qu’elle reste auprès d’eux, que je n’ai rien trahi. Que je reste des leurs à mon plus grand bonheur. Camouflez le vrai sous le manteau des flatteurs, les faits sous les clichés les meilleurs.
Ne dites rien de l’horreur, du refus de leurs erreurs. Du refus de leurs peurs et du refus des leurres.
Quitte à faire les miennes et qu’advienne !
En accord quitte à frôler mort plus que trahi, déjà fini pour un confort de vie.

Portez leur des mots attendus, des idées convenues. Ne dites rien de ce qui compte et des choix en bout de compte.
Dites leur l’attendu, portez leur le convenu. N’envisagez pas d’évoquer ce que vous aurez vu, ce que vous aurez su.

C’est ainsi que je suis, confession de l’enfant qui a fui. C’est ainsi que je suis et bien d’autres aussi ; mais pas ainsi qu’ils sont et qu’ils me voulaient à leur façon.
Sans honte et sans fierté ; sans conte où me cacher.
Mais si c’est ainsi que je suis, ainsi que je vis, songez à la distance et l’immensité d’avec ceux là qui pensent à moi parfois, ceux là qui m’ont fait. Ne songez pas à leur imposer ma vie.

Je la porte déjà bien assez, j’en paye au quotidien le prix fracturé de la solitude et la distance en habitude.
Et pourtant je demeure et pour encore combien d’heures ? Qu’advienne tant qu’elles restent miennes et que je reste mien, tant que je ne trahis rien du réel et ne m’assois pas sur l’essentiel. A mes yeux –ceux du cœur, disait l’enfant à l’aviateur.

Présent de l'instant, présents dans l'instant

Elle disait soyons compagnons, de route et de vie. Peut-être pas tout a fait comme tu en aurais envie, peut-être pas non plus à jamais.

Mais la route est là, tu l’arpentes et me voilà.

Mais je suivais mon chemin et t’y ai croisé un matin.

Et ce n’est pas parce que l’on n’a pas démarré l’histoire ensemble qu’on ne peut pas en tracer des lignes communes à présent qu’elle nous rassemble.

 

Il disait on est sur le même chemin mais avec un de ces décalages putain… On trace le même espace, en deux temps différents. Il disait la vie est moche et m’a jeté sur la route bien avant qu’elle ne t’y foute, bien trop tôt pour la faire avec toi, pour me faire avec toi.

Il disait la vie file, on ne s’y arrête pas. Il n’est pas question d’une pause sur la route en attendant les retardataires ou le peloton suivant, on est tous lancés chacun dans son wagon sur des rails où l’on ne se double pas, ne s'attend pas. L’on ne descend pas du train pour le suivant, ça ne marche pas comme ça.

 

Bien sur qu’il y avait du vrai, qu’ils ne se rejoindraient jamais tout à fait.

Mais elle haussait les épaules et s’ébrouait, comme les bêtes se débarrassent de l’eau lourde en leur pelage.

 

Elle disait non, disait ce dessin n’est pas le bon.

Elle disait on a tracé nos voies, séparément depuis longtemps et toi bien avant moi.

Et puis l’on s’est croisé.

Elle disait nous sommes bien dans le même espace et le même temps, c’est l’ici et le maintenant. Et si je suis là, si je te sais, je te sens près de moi c’est bien que l’on chemine ensemble, exactement.

 

Ce qui nous sépare ce n’est pas l’ici ni le temps présent.

Ce qui nous distancie c’est le bagage et le passé, l’expérience et l’avant.

 

Ils n’étaient pas partis en même temps dans la vie ; ils s’étaient dit cela c’est dit, il n’est pas de honte et pas de déni.

Elle disait certes t’as bien eu le temps d’user tes pompes à la route avant que je ne puisse y commencer. Et quand on s’est croisé bien sur que t’en avais déjà passé des bornes et des moments, avalé des contrées et du temps.  Sacrément plus rodé –peut-être un peu plus las aussi, plus fatigué.

 

Alors bien sur la voir aujourd’hui lui rappelait des souvenirs anciens. Et bien sur qu’en termes de mémoire elle en avait bien moins.

Mais elle disait ne vas pas croire pour autant que je suis sur ton chemin d’avant, très loin vers le début et d’où tu viens.

 

Elle disait je trace ma route et toi la tienne –qu’advienne !

 

Elle disait oui, j’ai moins marché. Cela fait moins longtemps que j’arpente à mon compte cette foutue voie toute en pentes.

Et après ?

Si l’on s’est croisé, c’est bien dans le même espace temps.

On y est différent, c’est évident.

On ne vient ni du même où, ni du même comment, ni surtout du même quand. On ne va… Ca je ne sais pas.

Mais si l’on s’est croisé c’est bien ici et aujourd’hui, là et dans l’immédiat. Espace et temps partagés.

 

C’est ici et maintenant que je suis, que tu vis. Et bien sur si tu prends ma main on n’y trouvera ni les mêmes cals et ni le même pouls. Mais bien la même essence et même des bijoux qui font sens.

 

Elle disait justement c’est bien parce que l’on ne vient ni des mêmes où, ni des mêmes quand que t’apprendre m’intéresse autant.  Elle disait y’a ce chemin, tracé séparément, que je veux connaître à présent.

 

A présent partagé.

A présent comme cet ici maintenant où l’on chemine liés.

A présent comme ce don surprenant, jamais parfait ; pourtant qu’on se refuse à renier.

 

Il disait les dieux sont salauds et doivent bien rire là haut, de nous mettre à portée sans nous permettre vraiment d’être à coté. Accordés.

Elle disait on est six ou huit milliards d’êtres humains, on est des millénaires d'humanité, s’être croisé c’est déjà bien. Inespéré. Et ce don, on peut râler sur son imperfection mais on va le vivre et profiter.

 

Elle disait je ne veux rien savoir des si.

Si l’on avait pris la route ensemble ? On aurait pu s’y perdre, se perdre l’un à l’autre ou même ne pas se voir ni se croiser.

Si l’on s’était croisé plus tôt, plus tard ? La même. Et puis l'on aurait pu, c'est vrai. Pu concrétiser ou repousser encore cette idée de se voir.

Cela fait longtemps qu’on avait chacun connaissance de notre existence –moi de la tienne et toi de la mienne et quelque part aussi d’un nous potentiel et déjà là.

Si ça durera, si l’on va droit au mur etcetera ? Je me fous d’où l’on va et du temps que ça prendra, du temps qu’on nous offrira et dont on profitera.

Elle disait je suis ici et je suis là, je ne fais ni projets ni cinéma. On est ici et on est là, et d’où l’on vient et où l’on va ne compte pas.

 

Et si t’embarque avec moi, si j’aborde avec toi, alors advienne que pourra !

Compagnon de voyage -sur un air de Baudelaire

Mon ami, mon frère
Songe à cet enfer
Ce froid qui parfois me ressemble
Et qui souvent nous désassemble
Aimer à roidir, aimer à mourir ?
Aimer en plaisir
Qui sait éviter le pire
Ainsi te rassurer
Et te murmurer
Compagnon, mon frère d’armes
Qu’on ne lâchera pas
Ni ne cèdera
Et que la joie par coeur, sèchera nos larmes

La reconnaissance c’est là notre essence
La richesse en ta présence

Des cafés bruyants
Aux rires évidents
Chaleur des heures passées ensemble
Et te dire mes peurs
Où nous rions de nos erreurs
Tout ce qui vaut la peine et nous rassemble
Car au plus profond
Véritable don
A dire l’éclat, lumineuse vision
Nos âmes en écho
Justes. Droites
Jusqu’aux heures pleines du chaos
Où sans cesse se répondent nos valeurs impétueuses

La reconnaissance est l’essence
La richesse en ta présence

Mon alter-ego
Dans le grès de nos échanges
Les armes au repos
Je sais découvrir
J’avance avec toi et change
-Mais toi mon aimé
Qu’auras-tu trouvé
Hors la violence et la colère
Et la douleur encore ?

A toi, je dis trésor.
Qu’apporte l’archère ?

A te manquer

Il y a ce type, tu sais, qui est entré dans ma vie. Ou bien suis-je entrée dans la sienne ? Collision terrible où deux êtres un peu cramés se trouvent et se reconnaissent.
Et désespèrent à crever, crever d'amour et d'incapacité d'aimer.

Il y a ce type, tu sais, qui est entré dans ma vie. Qui m'a montré que ça pouvait exister, qu'il en était de ceux que j'ai trop cherchés, qu'il en était de ceux dont j'espérais, j'ignorais l'existence. Qui m'a fait miroiter des choses auxquelles j'avais cessé d'espérer, de celles que j'avais juré jamais n'attendre.

Il y a ce type, tu sais, et j'ai déboulé dans sa vie. Lui ai montré que ça pouvait exister, qu'il en était aussi pour lui, de ce qu'il ne cherchait plus, dont il n'espérait plus l'existence. Auquel j'ai fait miroiter des choses auxquelles...

Auxquelles finalement aucun d'entre nous deux ne peut prétendre actuellement.

J'ai l'impression, tu sais, d'écrire un mauvais scénario pour une mauvaise ligne d'édition, de ces romans d'amour à la manque aux couvertures kitsch et clichées, à hauteur des histoires à l'intérieur. Mais t'inquiète donc pas, je ne suis pas de ce bois là. D'ailleurs il paraît plutôt que je suis de glace et d'acier. T'inquiète donc pas, ici pas de clichés pas de sentimentalisme à deux balles. Ici ce sera juste terrible et même pas comme ces drames plein de larmes. Il y a des larmes, mais pas de violons.
La partition de mes relations se passe de rubans et colifichets.

Il y a ce type, tu sais, dont j'ai contribué à brûler des ailes déjà par trop abîmées, albatros abattu en plein ciel. Une âme rare et généreuse, disait-elle, celle qui le connait bien. Tout ça et tellement plus disais-je moi, l'enfant qui donc n'y connaît rien. Et qui reconnait pourtant les siens.

J'avais souri, en causant à cet autre qui sensément me connaît bien, qui vraiment n'y connaît presque rien. J'avais souri, lui avais dit un type comme ça mais si j'en tombe amoureuse je le traîne illico à la mairie. Façon de parler bien sur. Un type comme ça si j'en tombe amoureuse je ne le lâche pas, je le garde auprès de moi et vice-versa, je l'emmène à travers le pays, je partage avec lui mon amour des routes et des bruits, je partage avec lui mon amour des autres et j'en fais mon tremplin pour un mieux, pour tellement de bien. Un type comme ça si j'en tombe amoureuse j'arrête de chercher, j'ai enfin trouvé.

Il s'est embrasé. Magnifié -un temps, du moins.
Je suis pétrifiée. Glacée -chaque instant, au moins.

J'ai constaté froidement la stérilité de mes entrailles -si l'on parle ici du cœur, ailleurs où j'ai trainé mes basques on évoque les tripes en siège des sentiments ; penchée sur la cuvette j'ai tendance à croire ces derniers.
J'ai constaté froidement l'incapacité à l'aimer.

J'ai reçu avec effarement l'aveu de son ressenti -ici le terme est trop pâle d'ailleurs, j'aimerais trouver plus fort tant il est entier, terriblement ; face à la détresse j'ai tendance à esquiver.
J'ai constaté douloureusement ses capacités à aimer.

Il dit c'est comme si, comme si enfin j'avais trouvé l'essentiel et qu'on me l'avait ôté, m'avait dit non rien de ceci ne sera pour toi.
Je dis c'est comme si, comme si j'avais trouvé l'ambroisie nécessaire à ma vie et que j'y fasse au final une putain d'allergie.

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